Articles

Chapitre 1

Une approche par zones géographiques des processus de diffusion des pratiques managériales

Chapitre 2

Une approche par centre d'intérêt : technique, branche, secteur et entreprise

Chapitre 3

Diffuseurs de doctrine, auteurs et dogmes en management

Partenaires

Une innovation sémantique : L’expression « organisation du travail » dans le débat économique en France (1791-1848)

  • Luc MARCO

    Professeur agrégé de sciences de gestion
    Membre élu du Conseil Scientifique
    Directeur adjoint du CEPN (CNRS, UMR n° 7234)

    Université Paris 13, Sorbonne Paris Cité
    luc.marco@univ-paris13.fr

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Quand l’économiste Jean Gustave Courcelle-Seneuil [Sur le rôle de cet auteur dans l’histoire du management, voir Georges RIBEILL (1994). Pour une présentation scientifique de son grand ouvrage de 1855, voir notre réédition du Manuel des Affaires en 2013 aux éditions l’Harmattan, collection « Recherches en Gestion », in-8°, 420 p.] écrit son article « Organisation du travail» dans le Dictionnaire de l’économie politique de Coquelin-Guillaumin, en 1853, il a le recul nécessaire pour faire la synthèse du mot dans l’histoire de la pensée économique de son temps. Etant libéral de conviction, il nous dit ceci : « Le travail est le but même de la société, et l’organisation du travail n’est autre chose que l’organisation de la société elle-même. — Il n’y a point de société sans organisation du travail plus ou moins bonne, et l’histoire entière du genre humain, écrite au point de vue de l’Economie politique, ne serait autre chose que l’histoire même de l’organisation du travail. » (CS, 1853 : 297). Après avoir retracé l’évolution historique du phénomène depuis la naissance de la civilisation, il dénonce l’école de l’organisation du travail qui, du côté des penseurs socialistes, a voulu au début des années 1820 modifier le système industriel en place : « Cette école a considéré le régime industriel établi à la suite du Consulat et de l’Empire comme un régime de liberté, et elle l’a critiqué en conséquence ; elle a repris ce que Fourier avait dit au commencement du siècle de la "concurrence anarchique," et, relevant quelques faits empruntés aux enquêtes anglaises, elle a condamné la liberté. Comme si la liberté du travail existait en France ! Comme si elle était complète et ancienne de l’autre côté du détroit ! » (CS, 1853 : 298). C’est donc en substituant le contrat de travail aux décrets royaux réglementant les opérations du travail que le libéralisme trouve cette souplesse qui fait sa force.

Mais quand l’expression organisation du travail fut-elle inventée ? Et peut-on savoir quand cette expression a-t-elle changé de sens dans la littérature d’économie et de gestion ? A ces questions il n’y a jamais eu de réponses claires. Ainsi, du côté des historiens de la GRH, s’il y a bien la conscience qu’il faut démarrer cette histoire en 1830 (Fombonne, 2001 : 4) il n’y a pas de synthèse sémantique sur le sens des mots employés avant la brochure de Louis Blanc (1839-1840). Nous pensons que l’expression « Organisation du travail » a résulté de l’intersection entre deux champs : celui de la famille du mot « Organisation » et celui du mot « Travail ». Et que cette intersection a donné lieu à un phénomène de mode qui a duré au moins une vingtaine d’années entre 1830 et 1850 (Marco-Mihaylova, 2013).

La famille organisatrice comprend de très vieux mots. Organe est apparu dans la langue française dès 1120. Organisation, au sens qui nous intéresse  — forme artificielle contrôlée par l’être humain —, apparaît vers 1390[Datation confirmée par l’histoire de la biologie qui montre que le mot apparaît pour la première fois dans un manuscrit médical en 1396 sous la plume de Petri de PADUA (Schiller, 1978, p. 88). Ensuite c’est Linné qui l’introduit dans la littérature spécialisée en biologie en 1788. La filiation se poursuit jusqu’au modèle darwinien de 1843, en passant par Lamarck en 1802.  Le lien entre la biologie, la médecine et la science sociale a été tenté par le médecin fouriériste Alexandre François BAUDET-DULARY en 1844 (voir Bouchet, 2013, in fine).]. Organisé s’impose à partir de 1606 dans le sens de « disposé suivant un ordre comparé à l’organisation des êtres vivants : une administration bien organisée » (Littré, 1996, V : 4330). Organisateur, pour celui qui a l’art de bien organiser, émerge dans le Bulletin de la société « Les Amis de la Vérité » en 1793. Organisable, comme susceptible d’être organisé selon des règles préétablies, est lancé par Lamartine en 1845. Enfin Organicisme, doctrine qui assimile les sociétés humaines à des organismes vivants, se dit couramment vers 1850 (Dauzat, 1980 : 514-515), et semble caractéristique de la pensée conservatrice et même réactionnaire (Todd, 2008, p. 426).

Des parents plus éloignés complètent la liste : Désorganisation en 1764 sous la plume de Duhamel du Monceau dans le sens de « pagaille dans l’administration »; Inorganisée, pour quelque chose qui n’a pas encore été sérieusement organisée, sous celle de Diderot en 1769 ; Inorganisation pour absence totale d’organisation, vers 1780 ; Réorganisation comme action d’organiser de nouveau, ou le résultat de cette action, en 1791 ; Désorganisateur, un individu qui attaque la morale ou l’ordre établi, est dénoncé par Robespierre en 1792 ; Réorganisateur est celui qui réorganise en 1838 dans le Dictionnaire de l’Académie française (Ibid.).

Nettement plus restreinte est la famille travailleuse : Travail date de la fin du 15e siècle ; Travailler, au sens d’exécuter un ouvrage, du tout début du 16e siècle ; et enfin Travailleur remonte au milieu du 17e siècle (Dauzat, 1980 : 762). C’est qu’entre temps on a inventé les usines comprenant un nombre non négligeable de travailleurs qu’il a bien fallu organiser dès l’époque d’Henri IV. Le Littré de 1866 donne 24 sens différents au mot travail ! Nous intéressent le sens n° 17, « ouvrage qui est à faire, ou qui est actuellement en cours d’exécution », et n° 18, « travail libre : le travail des hommes libres, par opposition à travail servile, dans les pays à esclaves. » (Littré, 1996, VI : 6447-7448). Le travail peut être vu de manière individuelle ou de manière collective comme la suite va le montrer.

Lucien Febvre a montré que l’évolution du mot « travail » a suivi trois époques différentes (1948, p. 19-21 ; 1962, p. 649-652). Au dix-septième siècle le verbe travailler s’est substitué aux deux verbes antérieurement utilisés : labourer et ouvrer (du premier mot dérive labeur, du deuxième ouvrier). Au dix-huitième le travail-souffrance devient le travail-délivrance qui sauve le travailleur du vice de l’oisiveté ; mais c’est encore principalement le travail pénible du laboureur ou celui de l’artisan. Au dix-neuvième siècle la montée de l’industrie manufacturière fait aborder les problèmes du travail aliéné que subissent les ouvriers déracinés. Travail est associé à paupérisme, aux classes laborieuses, aux populations souffrantes. L’influence de Malthus est considérable sur ce lien entre dégradation des conditions de travail et croissance anarchique des populations[T.R. MALTHUS (1803) Essai sur le principe de population, 2e édition, Paris, Le Monde/Flammarion, 2010.].

L’expression « organisation du travail » n’était donc pas utilisée sous l’Ancien régime car le régime des corporations rigidifiait le marché du travail en obligeant les membres du Tiers-Etat à embrasser la même profession que leurs pères (Sewell, 1983). Et même dans les professions dites « libres », le contrôle royal empêchait une organisation librement négociée entre les travailleurs et les patrons. Ce n’est donc qu’à partir du moment où la Révolution française a libéré le choix des professions que l’expression qui nous intéresse a dû être employée dans la littérature (Sonenscher, 1985).

La liste des mots clés anciens que nous avons trouvé dans la littérature spécialisée est celle-ci : règlement du travail (chaque corporation avait une organisation spécifique)[COUR DES MONNAIES (1699) Arrest concernant le règlement du travail des tireurs d'or entre la France et les pays étrangers du 22 juin 1699, Lyon, 4 p.] ; direction du travail (chaque entrepreneur prenait des décisions concernant sa masse salariale)[M. FELIBIEN (1725) Histoire de la ville de Paris, Paris, Desprez et Desessartz, t. V, p. 382.] ; conduite du travail (chaque entreprise était organisée intérieurement)[ANONYME (1737) Mémoire sur la conduite du travail par corvées, Paris, Imprimerie Royale, in folio.] ; administration du travail (chaque chef d’atelier donnait des ordres pour organiser les opérations techniques)[F. ARNAUD (1762) « Note de lecture sur Le Socrate rustique », Journal Etranger, juillet, p. 112.].

Nous allons donc, à partir du mot clé « organisation du travail », interroger trois bases bibliographiques (le Catalogue général de la BNF, le site Gallica, et Google Livres[Compte tenu d’un nombre important d’erreurs dans les dates des ouvrages sur cette base, nous avons systématiquement vérifié sur le catalogue de la Bibliothèque nationale de France.]) et un ouvrage de tracts politiques (Boutin, 1869) pour retrouver les appellations d’époque. Notre quête se déroulera en trois temps : 1°- De 1791 à 1807 ; 2°- De 1808 à 1830 ; 3° - De 1831 à 1840 ; 4°- De 1841 à 1848. La justification des années de rupture est simple : 1791 car c’est la libération des professions de la tutuelle corporative d’Ancien régime ; 1808 car c’est l’entrée en vigueur du Code de commerce au 1er janvier ; 1831 parce que c’est le début de la mise en application de la révolution des Trois glorieuses de l’année précédente ; et 1841 parce que c’est le début du succès de librairie du livre de Louis Blanc. Notre méthode consiste à dépouiller les bases année par année, puis à croiser les informations avant de lire les textes obtenus. Pour les tracts politiques, nous avons constitué un fichier EXCEL. En conclusion nous essayerons de voir pourquoi l’expression, définie politiquement quelque part dans l’une de ces périodes, a connu un effet de mode très fort entre 1839 et 1848. Et si les gestionnaires du début du 20e siècle ont ensuite appelé leur propre système « organisation scientifique du travail », c’est bien pour se différencier de la « vieille » organisation du travail. Vieille mais encore très vivace (Bihoreau, 1995 : 114-121).

 

1. La Révolution crée l’expression en libérant les professions

Paradoxalement on pourrait croire que libérer l’accès aux professions ne nécessiterait aucune organisation du travail industriel. Mais l’arrivée de nombreux ouvriers venus des champs ne permettait pas une anarchie du marché du travail. Un auteur défenseur des paysans a le premier perçu ce paradoxe, justement au moment où les députés de l’Assemblée législative discutaient de la nécessité de libérer mais aussi de contrôler légalement l’organisation du travail (ce qui sera fait dès la Constitution de 1793).

1.1. L’intuition de Restif de la Bretonne (1788-1794)

Il semble que la première occurrence de l’expression « organisation du travail » est apparue dans un ouvrage de Restif de la Bretonne, intitulé Les Nuits de Paris. Ceci a été signalé en 1889 par Paul Cottin, dans la préface de Mes inscriptions: journal intime de Restif de la Bretonne, 1780-1787, publié d'après le manuscrit autographe de la Bibliothèque de l'arsenal, Paris, Plon, Nourrit et compagnie.  Cottin donne la citation suivante : « Voyez-vous cet esprit remuant qui se manifeste ?... Savez-vous ce que cela signifie ?... Que ce même peuple… secourra, dans peu, toutes les salutaires entraves de la sociabilité… Ecoutez la voix d’un plébéien qui voit tout, qui vit avec le peuple, qui connaît ses plus secrètes pensées ! La fermentation existe ; elle augmente ; l’opposition entre les puissances gouvernantes l’encourage. Prévenez-là ! Ramenez le bon ordre, la subordination ! »

« Ramenez-les par l’organisation du travail, par la résistance aux efforts mal entendus des philosophes, par le rétablissement de la hiérarchie sociale, par “l’utile despotisme des maîtres sur des hommes brutes, insolens”, car “l’ouvrier est devenu le despote et, par un renversement qui annonce une révolution terrible, le pouvoir est passé entre les mains de ceux qui ont intérêt de l’anéantir” » (Cottin, 1889, p. cxxiv-cxxv).

Or les Nuits de Paris sont parues entre 1788 et 1794. Cottin donne la page 2327 comme référence de cette citation, mais il ne dit pas dans quelle édition. Nous avons consulté la réédition Slatkine, mais à cette page-là il n’y a pas les passages cités. Il faudrait relire tout l’ouvrage en huit volumes ! Cependant les indications données par Hartmann (2009) et Grandjonc (2013) confirment bien que Rétif de la Bretonne a fait le lien entre l’idéal communautaire et une nouvelle organisation du travail à venir. De son temps, l’organisation désignait la manière d’accomplir son travail : « Le goût est une qualité donnée par la Nature, et en partie acquise par le soin qu’on prend de la former. Il exige une organisation heureuse et de l’exercice. Avec une organisation grossière, le travail le plus opiniâtre ne donnera jamais de goût. Avec une heureuse organisation sans exercice, le goût ne pourra se développer, et il ne se développe jamais que pour les objets sur lesquels il s’est exercé, plus on lui donnera d’exercice, plus il acquerra d’étendue de sûreté. »[M. LEVESQUE (1787) in le Mercure de France, 3 novembre, p. 11.]

1.2. La libération des professions en 1791

La nouvelle organisation du travail est imposée par la Convention entre mars et juin 1791. Le 17 mars le décret d’Allarde est promulgué. En voici deux articles très intéressants :

« Article 7. A compter du 1er avril prochain, il sera libre à toute personne de faire tel négoce, ou d’exercer telle profession, art ou métier qu’elle trouvera bon, mais elle sera tenue de se pourvoir auparavant d’une patente, d’en acquitter le prix suivant les taux ci-après déterminés, et de se conformer aux règlements de police qui sont ou pourraient être faits. »

« Article 12. Les prix des patentes annuelles pour les négoces, arts, métiers et professions, autres que ceux qui seront ci-après exceptés, sera réglé à raison du prix du loyer, ou de la valeur locative de l’habitation des boutiques, magasins et ateliers occupés par ceux qui les demanderont, et dans les proportions suivantes : deux sous pour livre du prix du loyer jusqu’à quatre cents livres ; deux sous six deniers pour livre, depuis quatre cents jusqu’à huit cents livres ; et trois sous pour livre au-dessus de huit cents livres[In A. PLESSIS dir. (1993) Naissance des libertés économiques, Paris, Institut d’histoire de l’industrie, p. 335-337.]

Le 17 juin 1791 la loi Le Chapelier confirme cette orientation idéologique en direction de la liberté du travail, comme l’indiquent les deux premiers articles :

« Article 1er. L’anéantissement de toutes les espèces de corporations des citoyens du même état et profession, étant une des bases fondamentales de la constitution française, il est défendu de les rétablir de fait, sous quelque prétexte et quelque forme que ce soit.

« Article 2. Les citoyens d’un même état ou profession, les entrepreneurs, ceux qui ont boutique ouverte, les ouvriers et compagnons d’un art quelconque, ne pourront lorsqu’ils se trouveront ensemble, se nommer ni présidens, ni secrétaires, ni syndics, tenir des registres, prendre des arrêtés ou délibération, former des réglemens sur leurs prétendus intérêts communs (idem, p. 341). »

C’est à partir de ces textes législatifs que l’expression « organisation du travail » a pu prendre des sens différents selon l’option idéologique des auteurs. Elle peut être neutre dans un sens général, ou plus orientée politiquement dans un sens précis.

En 1791 notre expression apparaît ainsi dans les débats parlementaires à l’occasion de la réforme des archives nationales[Journal de l’Assemblée nationale, 1791, par E. Le Hodey de Saultchevreuil, tome 1er, Paris, p. 146.]. Deux ans plus tard elle est employée pour la surveillance des armées[Collection générale des décrets rendus par la Convention nationale, 1793, vol. 35, p. 291.]. En 1794 le lien entre notre expression et le travail d’équipes est fait par le Bulletin des lois (p. 349). Foucroy utilise l’expression « organisation du travail » en 1795 dans un texte visant à préparer des établissements d’éducation, des programmes et en suivre la réalisation[Rapport sur l’organisation des écoles, 1795, Paris, Imprimerie Nationale, p. 14.]. C’est une organisation administrative du travail. L’expression est donc encore très neutre car elle peut s’appliquer à tous les champs administratifs[Projet d’organisation du travail à faire pour la levée des cartes, 1796, par Labedat Laffon, Conseil des Anciens, p. 26. L’expression est encore utilisée dans son sens administratif par Maugeret (1808) Traité de la contrainte par corps, Paris, Capelle et Renand, p. 251 : « l’organisation du travail et des bureaux… ».].

1.3. La proposition de Charles Fourier(1808) : l’organisation attrayante du travail.

Charles Fourier appelle « travail attrayant » le labeur librement consenti, réglé par courtes périodes, par séries et par groupes d’ouvriers qui sont organisés dans le Phalanstère (Littré, 1996, VI : 6447-6448). Dans la Théorie des quatre mouvements, il dit ceci : « Les Sectines [petites sectes] sont les branches de secteurs [équivalent d’une série] qui se subdivisent en divers groupes, trop petits pour avoir des officiers et une organisation régulière ; telle sera la sectine des fleurettes : elle formera une vingtaine de petits groupes de 3 à 4 personnes qui cultiveront spécialement quelques fleurettes de peu d’importance, comme la pensée, la petite marguerite, le réséda, l’héliotrope… » (Fourier, 1808 : 237).

L’organisation fouriériste comprend six classes d’officiers qui dirigent les sectes ou les sectines: 1° Les divinités ; 2° Le Sacerdoce ; 3° L’Etat-Major ; 4° L’Etat-Minor ; 5° L’Administration ; 6° L’Académie (ibid.). Pour la première classe, l’officier est de sexe opposé à celui de la secte. Dans la deuxième classe il s’agit de musiciens, sorte de prêtres attachés à chaque groupe ou sectine. Pour la troisième classe Fourier fait une analogie avec l’armée : dans le groupe il y aura un sous-lieutenant, un lieutenant et un capitaine ; au niveau supérieur de la secte, un banneret, un major et un colonel (idem : 238). La quatrième classe de l’Etat-Minor est composée des sous-officiers qui inspectent et sont chargés du matériel (brigadier et autres sous-chefs). L’administration – cinquième classe?–, comprend les officiers chargés de la comptabilité et du cérémonial : conservateur, archiviste, héraut, appariteur. Enfin la sixième classe, l’Académie, a pour membres les experts en théorie ou en pratique qui aident la secte ou le groupe à fonctionner efficacement (idem : 239). On croirait lire du Mintzberg avant la lettre !

L’organisation du travail est pour Fourier un don de Dieu donné aux hommes qui obéiront au mécanisme sociétaire (idem : 241). Ainsi chacun sera heureux car tout sera parfaitement organisé, prévu d’avance dans le cadre phalanstérien[Les nombreux disciples de Fourier vont préciser la pensée du maître : Forest (1840), Considerant (1842), Biancourt (1846), HENNEQUIN (1846-48)]. Le bonheur de l’individu dépend de sa situation harmonieuse au sein de la collectivité.

 

2. La Restauration esquisse le débat économique entre libéraux et socialistes

Tous les dix ans un léger changement sémantique s’opère dans les mots utilisés par les économistes. Vers 1808 la pensée économique est encore très dépendante des idées issues de la révolution. En 1818 un nouveau cadre commence à apparaître qui se traduit par exemple par une mutation de la comptabilité des entreprises industrielles et commerciales. Le cadre général sera ensuite influencé aux alentours de 1828 par la pensée anglaise. C’est celui d’une économie qui commence tout doucement à s’industrialiser et à imiter les innovations venues d’outre-manche. La mode des romans en littérature et des controverses entre économistes français et anglais renouvelle le débat sur le rôle du travail dans la société nouvelle qui émerge. Le recul relatif des économistes protectionnistes (par exemple François Ferrier)[F.L.A. Ferrier (1821) Du gouvernement considéré dans ses rapports avec le commerce ou de l’administration commerciale opposée à l’Economie politique, seconde édition, Paris, Pélicier (la 1ère édition est de 1805).] laisse de la place à d’autres auteurs, plus créatifs. Mais c’est d’un auteur libéral travaillant au sein de l’administration publique que va venir la meilleure présentation défensive de la position favorable au règne de la liberté totale.

2.1. Le Comte d’Hauterive (1817) : l’organisation automatique du travail.

Alexandre-Maurice Blanc de la Nautte, comte d’Hauterive, conseiller d’Etat, garde des archives du ministère des affaires étrangères, membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, politicien-consultant qui fut le rédacteur de 62 traités politiques de la France, est né le 14 avril 1754 à Aspres-les-Corps dans les Hautes-Alpes. Il fut le fidèle collaborateur de Talleyrand et de Napoléon 1er. C’était un économiste libéral bien que travaillant dans une administration plutôt protectionniste. Il est mort le 28 juillet 1830.

Son œuvre comprend cinq livres dont ses Elémens d’Economie politique ; suivis de quelques vues sur l’application des principes de cette science aux règles administratives, Paris, Fantin, 1817. C’est dans ce livre qu’il utilise l’expression « organisation du travail » : « L’organisation du travail est l’ensemble des travaux humains considérés dans l’universalité de leurs rapports (Hauterive, 1817, p. 7). Il poursuit : « Le travail humain se combine d’un grand nombre de manières : l’ensemble de toutes ses combinaisons compose l’organisation du travail. — Toutes ces combinaisons peuvent se résoudre à trois principales : la réunion des travaux, la division du travail, et la correspondance des travaux. » (idem, p. 8).

De manière habile il montre l’avantage de ce système : « Le but du travail est la production : dans le système du travail organisé, cet effet du travail est placé souvent à une grande distance de ses causes ; mais le résultat final de l’organisation fait disparaître ces distances ; il subdivise et répartit les productions, et rapporte définitivement à chaque degré de travail, la somme des produits qui lui appartiennent. » (idem, p. 8-9).

En quelques pages fort bien senties, il perçoit toute la portée du problème : « Cette répartition est le grand objet de l’organisation du travail : elle multiplie les productions, elle multiplie et féconde les travaux, et les proportionne les uns avec les autres ; et c’est par les trois combinaisons dont je viens de parler qu’elle arrive à son but. » (idem, p. 9).

Et c’est l’argent qui fait le lien entre les travaux individuels qui s’agglomèrent spontanément et les besoins particuliers qui s’expriment continûment : « Il faut que l’homme exprime son travail ; c’est l’argent qui le gradue ; c’est l’argent qui l’exprime ; et l’argent est le seul langage que l’industrie puisse entendre. — Par cette faculté expressive, l’argent devient l’organisateur du travail ; car l’organisation du travail s’opère par la réunion, la division et la correspondance des travaux. Or, toutes ces opérations tendant à impliquer, à confondre sans cesse le travail de chacun dans une masse commune. »[Cité par la Bibliothèque universelle des sciences, belles-lettres et arts, vol. 10, 4e année, 1819, Genève, p. 30.]

C’est la première mention de l’expression « Organisation du Travail » que nous avons trouvé dans la littérature économique libérale, qui considère que la loi de l’offre et de la demande, jointe à la concurrence suffisent pour donner une organisation automatique du travail dans la société industrielle et commerciale. Idée que ne partagent pas les auteurs non libéraux qui dénoncent les rigidités et les injustices du système en place : faibles salaires, conditions de travail, etc. Hauterive leur concède néanmoins que ce problème présente d’immenses dif-ficultés d’analyse (idem, p. 380).

2.2. L’utopiste Saint-Simon (1817-1825) : l’organisation sociale du travail.

Claude Henri de Rouvroy, comte de Saint Simon, naît à Paris le 17 octobre 1760 et meurt le 19 mai 1825. C’est un économiste et philosophe français, fondateur du saint-simonisme. Dans son tome II du livre sur l’Industrie en 1817, il définit le problème de l’organisation du travail : améliorer les résultats des entreprises industrielles et commerciales. Face aux libéraux qui n’ont besoin que de liberté et de sécurité, il montre que l’intérêt des travailleurs et de faire monter l’organisation du travail jusqu’au niveau du « gouvernement de la chose publique » (Chevalier, 1946 : 23). Avec la création du journal L’Organisateur en 1819 (une série de 14 lettres) il se distingue avec l’utilisation de l’expression « organisation sociale ». Voici comment il en définit le cœur stratégique :

« Le principe fondamental d’une gestion administrative est que les intérêts des administrés doivent être dirigés de manière à faire prospérer le plus possible le capital de la société, et à obtenir l’approbation et l’appui de la majorité des sociétaires. Pour se faire soutenir par la majorité, c’est-à-dire pour former une majorité qui approuve leur gestion, les administrateurs ne peuvent employer que la persuasion et la démonstration du fait que leurs opérations sont les plus fructueuses possible pour la société. Les administrateurs savent que l’économie dans les frais de gestion est toujours désirée par les sociétaires, en conséquence ils travaillent toujours à diminuer ces frais. » (De l’organisation sociale, 1804, manuscrit, V, p. 142-143, cité par Frick, 1981, note 1, p. 654).

Ce sont ses disciples (Enfantin, Bazard, Flachat) qui en 1826 dans la revue Le Producteur, puis en 1830 avec la revue L’Organisateur, vont appliquer les idées saint-simoniennes à l’organisation du travail des ouvriers. Dans Le Producteur, Prosper Enfantin distingue la vieille organisation divisée en deux classes (les propriétaires oisifs et les ouvriers actifs) et la nouvelle organisation fondée sur l’association (Enfantin, 1826 : 72). Il parle aussi de « principe réorganisateur d’association productive entre tous les peuples. » (p. 85).

Voici comment ils présentent son système en 1828 : « Des inconvénients non moins graves se manifestent dans l’organisation du travail. L’industrie possède une théorie, et l’on pourrait croire que par elle, on voit comment la production et la consommation peuvent et doivent être harmonisées à tous les instants. Or, cette théorie elle-même est la principale source du désordre ; les économistes semblent s’être posé le problème suivant : Etant donnés des chefs plus ignorants que les gouvernés ; supposant en outre que, loin de favoriser l’essor de l’industrie, ces chefs voulussent l’entraver, et que leurs délégués fussent les ennemis-nés des producteurs, quelle est l’organisation industrielle qui convient à la société ? Laissez faire, laissez passer, telle a été la solution nécessaire, tel a été le seul principe général qu’ils aient proclamé. On sait assez sous quelle influence cette maxime fut produite ; elle porte sa date avec elle. »[Référence implicite à Adam Smith (1776) La richesse des nations, in Doctrine saint-simonienne, exposition de 1854, cité par Louvet (1861), p. 253.]

Selon Chevalier et Pehuet (1949, p. 2) c’est François Arago, en tant que député en 1831, qui aurait le premier émis l’idée que l’organisation du travail devait bénéficier en priorité aux ouvriers[Joseph Garnier (1843, p. 35) affirme qu’Arago ne comprenait pas le sens de l’expression qu’il utilisait !]. Ce furent donc des ingénieurs issus de l’école Polytechnique qui auraient créé le concept d’organisation du travail pour l’appliquer à l’élévation des classes dangereuses.

En 1830 la secte des saint-simoniens se divise en deux groupes : d’un côté Jean Reynaud, les frères Pereire et Bazard, de l’autre Enfantin, Michel Chevalier, Eugène Flachat et Yvon Villarceau. A cette époque l’expression « organisation du travail » est déjà bien connue des spécialistes d’économie sociale. Elle n’a pas encore pris une valeur politique universelle, ce qui sera progressivement le cas dans la période suivante. L’arrivée au pouvoir de Louis-Philippe 1er en juillet 1830 donne un créneau pour les défenseurs des ouvriers.

3. La Monarchie de Juillet avive les tensions entre ouvriers et patrons

Dans le courant des années trente, les ouvriers des grandes manufactures lyonnaises et parisiennes commencent à se révolter contre les conditions de travail dégradées et les salaires trop bas. Les libéraux ont l’idée de former les ouvriers aux principes économiques, mais cette solution purement pédagogique ne suffit pas. C’est sur ce terreau favorable que poussera la contestation avec une signification nouvelle de l’expression « organisation du travail » : la prise en mains du problème par l’Etat. Selon l’historien américain William Sewell c’est Philippe Buchez qui aurait été le premier à concevoir le projet qui sera popularisé par Louis Blanc (Sewell, 1983 : 316). Mais Buchez parlait « d’organisation du progrès » comme l’a montré Paul Chanson dans son livre (Chanson, 1944). Il vaut donc mieux se tourner vers les auteurs qui ont bien utilisé l’expression qui nous intéresse.

Le premier auteur qui a pressenti la nécessité de dégager des principes fiables pour bien organiser intérieurement les entreprises fut Robert Owen en 1813 (Owen, 1969). Ensuite il faut attendre environ une quinzaine d’année pour que Say d’abord[Sur l’apport du Cours complet de Jean-Baptiste Say (1828-30) la littérature est bien étoffée : voir les travaux de Philippe Steiner ou notre contribution (Marco, 1998).], puis Bergery, livrent les linéaments de ces principes-là.

3.1. Bergery (1828) : l’organisation des travaux à l’intérieur d’une entreprise.

Claude-Lucien Bergery (1787-1863) est un économiste lorrain de tendance libérale qui donnait des cours aux ouvriers et aux patrons de la région de Metz entre 1828 et 1831 [voir la contribution de Perrot (1976) et la biographie de Vatin, 2007]. Il écrit un peu avant les auteurs anglais Babbage et Ure. Il n’utilise pas l’expression « organisation du travail », mais celle d’organisation des travaux. Dans le tome III de son cours sur l’Economie du fabricant, publié à Metz en 1833 (Economie industrielle ou science de l’industrie, Metz, Veuve Thiel), voici comment il conçoit l’organisation [interne] des travaux d’une entreprise : « L’organisation des travaux d’une fabrique doit avoir pour base la division du travail. — Il faut décomposer la production en opérations élémentaires, très-simples et, s’il est possible, peu nombreuses. — Le nombre des ouvriers affectés à une opération, doit être proportionnel au temps qu’elle exige, pour qu’il n’y ait ni oisifs ni encombrement. » (p. 49). En précisant les idées de Jean-Baptiste Say, cet auteur peut être considéré comme l’un des fondateurs français du « management » avant la lettre (Perrot, 1976).

Il distingue aussi le mot « travaux » du mot « travails » pour faire la différence entre le travail humain et le travail mécanique qui mesure quant à lui l’énergie d’un moteur (Vatin, 2007 : 312). Il utilise encore le mot « conduite » mais dans le sens moderne de « gestion » : conduite d’une fabrique. En cela il est encore un auteur classique tout en devenant l’un des premiers fondateurs de la gestion des entreprises. Pour lui l’organisation du travail est une manière de structurer les tâches des ouvriers et de faire gérer par les entrepreneurs les postes de travail dans l’entreprise. Il sera suivi sur ce terrain par Fazy (1830), Babbage (1832), Ure (1836) et Banfield (1844). 

3.2. Derrion (1834) : l’organisation pacifique du travail.

La même année 1833, un ouvrier cordonnier, Efrahem, propose l’organisation de tous les ouvriers parisiens en une seule association de défense de leurs droits (Efrahem, 1833). C’est la prise de conscience par la classe des travailleurs de sa puissance potentielle si elle fait l’union contre les patrons. Le rôle de la presse ouvrière est ici considérable car, malgré les interdictions du pouvoir en place, de nombreux titres vont défendre la cause ouvrière dès le début des années 1830 (Frobert, 2009). L’année suivante un autre auteur va aller plus loin.

Michel-Marie Derrion est né à Lyon le 29 mars 1803 dans une famille de soyeux. Après son activité de boutiquier, il crée la première coopérative française en 1835 et se convertit au fouriérisme l’année suivante. Auparavant il publie un ouvrage intéressant en 1834 pour régler le problème des conflits entre ouvriers et patrons : ce sera l’organisation pacifique du travail. Il propose de créer une Société générale des travailleurs qui serait dirigée par un « primogérant » élu par toutes les parties prenants à cette société (Bayon, 2002, p. 16). Le fonds social de 100.000 francs permettrait de faire tourner cette organisation semi-publique qui associe les « fonctionnaires » (en fait les chefs de service, les comptables, les chefs d’usines, les gérants), les capitalistes et les travailleurs. L’objectif est de mettre en concurrence cette nouvelle organisation avec les firmes privées et de les rallier au projet ensuite.

Le primogérant a plusieurs rôles d’organisateur du travail. D’abord il doit centraliser les statistiques issues des entreprises partenaires (Derrion, 1834, p. 40). Ensuite il va partager les bénéfices en quatre parts : 1. Des primes d’encouragement aux principaux « fonctionnaires » de chaque établissement membre ; 2. Des dividendes aux capitalistes associés (hors intérêts) ; 3. Un accroissement constant du fonds social ; 4. Deux parts aux travailleurs : a) Un tiers de cette part au chef d’atelier et à sa femme s’il est marié ; b) deux tiers au compte de l’ouvrier ou de l’ouvrière (Derrion, 1834, p. 42). Le primogérant doit donc anticiper les crises, amortir les écarts en trésorerie, surveiller le travail, remonter le moral des ouvriers, et concurrencer les patrons trop cupides de sa zone de chalandise. Cette organisation est pacifique car elle relève du volontariat dans un premier temps, et qu’elle ne déclenche une guerre économique que sur le terrain d’une concurrence loyale (Derrion, 1834, in fine).

3.3. Pecqueur (1836) : l’organisation globale du travail.

Constantin Pecqueur (1801-1887) est un économiste socialiste français. Il est d’abord saint-simonien, puis quitte le mouvement suite aux dérives religieuses d'Enfantin. Il sympathise un moment avec les idées de Fourier, puis il publie en 1836 Économie sociale : des Intérêts du commerce, de l’agriculture, de l’industrie et de la civilisation en général, sous l’influence des applications de la vapeur, Paris, Desessart, 2 volumes. L'Académie des sciences morales et politiques lui décerne peu après,  en 1838, un prix d'économie politique pour ce livre.

Voici un passage tiré de son volume II : « Si un jour le pouvoir social, dans les nations européennes, s’immisce directement dans les intérêts matériels du grand nombre, et organise un vaste ensemble d’associations et de solidarité parmi les classes inférieures, c’est par là qu’il prendra position et qu’il pourra se mettre au cœur de la production, du travail, et des intérêts de la multitude. — Ce rôle n’est pas impossible : il dépendra des difficultés que la solution du salaire et en général l’organisation du travail rencontreront dans les droits acquis ou dans les prétentions des intérêts particuliers, opposés. (p. 165-166). L’expression organisation générale du travail sera reprise par Francis Lacombe (1848).

Mais ne tenant pas encore compte de cette conception socialiste,  Adolphe-Jérôme Blanqui, économiste libéral, utilise en 1839 l’expression dans son livre intitulé : Leçons sur l’agriculture, l’industrie manufacturière, les grandes et petites industries, à propos des corporations d’ancien régime, donc dans le sens classique d’une organisation sui generis (II, p. 221).

3.4. Blanc (1839) : l’organisation politique du travail.

Toute la littérature spécialisée actuelle attribue à Louis Blanc (1811-1883) la paternité de l’expression « organisation du travail ». Et de citer la date de 1839 comme l’apparition du nouveau sens (Charruaud, 2008). Voyons donc dans sa Revue du progrès politique, social et littéraire de l’année 1839, à partir de quand Louis Blanc utilise l’expression qu’il reprendra à la fin de la même année en brochure[Voici comment la Bibliographie de la France du 17 octobre 1840 annonce la brochure : « 5059. Organisation du travail ; par M. Louis Blanc, rédacteur en chef de la Revue du progrès. In-32 de 2 feuilles 1/8. Impr. de Mme Porthmann, à Paris. A Paris, chez Prevot, rue Bourbon-Villeneuve, n. 61 ; chez Pagnerre. » (p. 571). Le catalogue de Pagnerre pour 1840 indique : De l’organisation du travail, 1 vol. in-32, 75 c. (p. 4) (c’est moi qui souligne le fait que le titre est modifié par l’éditeur diffuseur dans son catalogue).], puis huit mois plus tard pour le titre d’un article (1er août 1840) et d’un livre qui aura beaucoup de succès (septembre 1840).

Dans son introduction du premier numéro de sa revue (1er janvier 1839), il écrit ceci : « Sous le règne de la convention, des penseurs audacieux purent se lever et dire : "(…) Qu’importe que les hommes du peuple soient appelés des pauvres, après avoir été appelés des vilains, après avoir été appelés des esclaves, si leur situation n’a pas changé de nature en changeant de qualification, et s’ils sont opprimés au nom de la liberté, comme ils l’étaient au nom du bon plaisir ? La révolution ne peut s’arrêter là. Cherchons à détruire le prolétariat en donnant au travail une organisation savante et démocratique ; trouvons un régime qui ne soit ni celui des maîtrises et des jurandes, ni celui du laissez faire. En un mot marchons à ce but : l’égalité pour tous, des jouissances sociales. Et afin que tout soit en rapport dans la société régénérée, appuyons l’unité sociale sur l’unité morale, rétablie par la proscription éclatante de l’athéisme et l’inauguration d’un culte public." » (p. 12).

Il emploie ensuite l’expression « travail d’organisation » dans la réponse à une lettre d’un lecteur, Thomy Delaye (p. 539). Enfin, il aboutit à notre expression dans la même lettre : « Je crois que, dans des questions aussi graves que celle de l’organisation du travail, il importe de procéder méthodiquement. » (p. 548). Dans le tome second du deuxième semestre de l’année 1839, il emploie cinq fois l’expression «organisation du travail ». D’abord dans un article consacré à la question des sucres (p. 50, p. 55) ; puis dans un article sur les travaux publics (p. 341) ; ensuite dans un article sur la question du crédit (p. 445) ; et enfin dans une recension sur un livre du compagnonnage  (p. 492). Il faudrait réunir ses quatre articles pour reconstituer la brochure de fin 1839.

L’année 1840 a été cruciale, avec le grand article du 1er août 1840 qui fixe alors vraiment sa pensée : l’organisation du travail ne doit plus être laissée au mécanisme automatique du marché et de la concurrence, mais doit être étroitement encadré par des règles imposées du sommet par l’Etat. Augmenté en 1841, le livre va connaître un grand succès jusqu’en 1848. La dernière édition est de 1850, avant qu’un docteur n’en fasse une édition scientifique 130 ans plus tard (Humilière, 1980)[C’est à partir de cette thèse que nous avons préparé notre propre réédition bilingue (anglais/français).].

La différence avec le livre ultérieur de Frédéric Le Play (1870) est patente : là où Blanc prônait une transformation radicale des pratiques, Le Play s’en tient à des incantations verbales : « Dans cet ouvrage aux allures de sermon moralisateur typiquement Après Dîner, Le Play développe d’une manière obsessive et répétitive son refus des évolutions pêcheresses qu’il constate dans la pratique des ateliers et dans les doctrines perverses qui les inspirent. La figure du Père et celle du Patron se confondent. Le modèle est plus rural qu’industriel. » (Montmollin, 2001, p. 39). Le Play se rapproche donc plus de Rétif de la Bretonne que de Louis Blanc.

4. La Seconde république expérimente une solution drastique

Dans les années 1841-1842 on trouve onze fois l’expression, y compris d’un article en réponse à des objections (Revue du Progrès, p. 129). La revue se termine en décembre 1842, après quatre ans d’existence, en raison de problèmes financiers : elle devait avoir 700 abonnés et n’a jamais dépassé les 650 souscriptions (Renard, 1928 : 15). Elle disparaît donc pour des raisons d’organisation interne[Il y a aussi peut-être eu des dissensions entre rédacteurs.] : un manque d’action administrative lié à une insuffisance de moyens financiers (idem : 16). Mais quand Louis Blanc va arriver au gouvernement révolutionnaire de février 1848, il essayera de mettre en application son propre système, qui était en concurrence avec de nombreuses propositions des candidats aux élections législatives.

4.1. Les tracts électoraux de mars 1848 prônent l’organisation progressive du travail

L’idée d’une organisation progressive par un changement graduel, sans à-coups, a été émise dès 1834 par le Baron Charles Dupin dans un livre sur la marine française (Dupin, 1834). Elle va être reprise en février-mars 1848 par de nombreux candidats à la députation. En effet de nombreux économistes et gestionnaires se présentent pour défendre leurs droits. Nous avons trouvé des tracts de Courcelle-Seneuil à Limoges, d’Hippolyte Dussard, de Charles Coquelin, d’Emile de Girardin, etc. En fait presque tous les économistes libéraux et socialistes ont tenté l’aventure de cette élection. Un peu comme aujourd’hui d’ailleurs.

Dans le livre premier des tracts électoraux rassemblés par Charles Boutin en 1852, on trouve deux documents consacrés à l’organisation du travail. Le premier est d’Alexis, un mécanicien des 6e et 8e arrondissements. Il propose une « organisation du travail, chantiers et ateliers nationaux partout, même dans les forêts (sic), aujourd’hui, demain si c’est possible : pendant que les autres puissances réfléchiront, nous serons prêts. » (idem, p. 357).

Le deuxième texte est signé par Olindes Rodrigues, célèbre saint-simonien qui veut une répartition équitable des bénéfices entre tous les membres des entreprises (idem, p. 462). Les pertes restant à la charge unique du capital, il propose un amortisseur des crises : les profits aux travailleurs, les pertes aux capitalistes !

Dans le deuxième livre on trouve trois textes intéressants. Le premier est une affiche de Grenier qui dit « Peuple Souverain !... LE GRAND PROBLÈME de l’Organisation du travail, et par conséquent de l’Organisation sociale est résolu. » (Boutin, 1852, II, p. 8). Idée confirmée par un tract anonyme réclamant « Du travail pour cent mille citoyens ! » au moyen d’une prompte organisation du travail (idem, p. 276). Cette promptitude est aussi avancée par Alexis Camus, mécanicien à Paris (idem, p. 478). Ces candidats devaient lire le journal La Démocratie pacifique qui demandait la création d’un ministère du progrès de l’organisation du travail pour faire des études et lancer des innovations en la matière.

La notion d’organisation progressive apparaît dans la profession de foi du médecin A. Baudin, candidat dans l’Ain, qui prône l’ « Organisation progressive du travail industriel et agricole. » (idem, II, p. 122). Tandis qu’à Paris l’économiste Charles Coquelin, libéral de conviction, répond : « La liberté seule, la liberté du travail surtout, quand elle existera réellement en France, y accomplira des prodiges ; elle étonnera ses ennemis même par sa fécondité. Mais nous en sommes fort éloignés encore et nous avons beaucoup à faire pour en recueillir tous les bienfaits. » (idem, II, p. 206). Toutes les autres formes que nous avons dégagées se retrouvent dans ces tracts électoraux, qui vont déboucher sur l’affaire des Ateliers nationaux.

4.2. Les Ateliers Nationaux de 1848 testent une organisation collective inefficace

Le 22 mars 1848 le publiciste Victor Winfort résume les principes des ateliers nationaux : un impôt spécial décidé par le gouvernement permet de créer plusieurs ateliers dans les grands centres industriels français, à commencer par Paris (Winfort, 1848, p. 13-14). L’organisation du travail est établie sur les compétences des ouvriers, et leur salaire reste dépendant de leur contribution au labeur général. L’organisation commerciale consiste à créer des docks qui recevront les produits des ateliers nationaux car « ces docks donneront, à la vue et au su de tout le monde, la véritable mesure du progrès de telle ou telle industrie en général, de tel et tel atelier ou usine en particulier. » (idem, p. 20).

La réalité fut tout autre. Créés le 27 février 1848, les Ateliers Nationaux ne durèrent que cinq mois, puisqu’ils ferment le 21 juin suivant. La direction en est confiée à Emile Thomas, qui en fera ensuite l’histoire (Thomas, 1848). Il emploie l’expression « organisation du travail » douze fois dans son ouvrage, écrit à chaud deux mois après la fin de l’aventure. La première fait référence à Louis Blanc : « Garantir le travail à tous les citoyens ! Mais il fallait au préalable que l’autorité publique s’emparât de toutes les industries privées soit violemment, soit par une concurrence écrasante : c’était la plus dangereuse des utopies, celle de l’organisation du travail. Et le Gouvernement provisoire, sur la proposition de M. Louis Blanc, adoptait et promulguait ce décret, impossible à exécuter ; il se faisait ainsi législateur, la limite était franchie, le provisoire s’instituait dictature ! (idem, p. 19-20). Il rappelle ensuite l’opinion de Lamartine datant de 1844 : « Entendez-vous par organisation du travail ce communisme politique et savant qui consiste à s’emparer, au nom de l’Etat, de la propriété et de la souveraineté des industries et du travail… » (idem, p. 22).

On retrouve l’expression un peu plus loin, avec le rappel de la manifestation du 17 avril 1848 qui s’intitulait justement « De l’organisation du travail » (p. 199). Il poursuit en disant que « l’association des travailleurs vaut mieux que l’organisation du travail » (p. 353). Donc pour lui, concerné au premier chef par les Ateliers Nationaux, la théorie de Louis Blanc est restée lettre morte car elle était irréalisable (p. 200).

CONCLUSION

Le débat sur le sens de l’expression a été résumé par Ramon de la Sagra en 1848. Il montre la polysémie de ce concept qui diffère fortement selon les écoles de pensée. Pour les économistes libéraux c’est une utilisation fautive de l’expression « organisation sociale » qui scinde l’organisation de la société en deux camps : celle de l’instruction et celle de la richesse (Sagra, 1848 : 13). Pour les socialistes c’est un mot d’ordre destiné aux ouvriers qui veulent obtenir des patrons de meilleures conditions de vie. Mais comme ils ne définissent pas précisément ce qu’ils entendent sous ce vocable, la réalisation concrète de ce nouvel état de la société devient problématique. Pour La Sagra la nouvelle organisation du travail ne pourra s’opérer que quand les économistes auront trouvé une analyse scientifique du phénomène, qu’ils l’auront compris, mesuré et dominé (p. 94-95). En attendant, les mêmes mots désignent des choses totalement différentes comme l’avait montré Foucault (1966).

Notre datation distingue donc six sortes de champs utilisant cette expression. Le premier concerne la littérature administrative. Ici l’apparition de l’expression semble remonter à l’an 1791 soit six ans après l’apparition du mot « communisme » (Grandjonc, 2013). Le deuxième est la pensée libérale, avec une attestation en 1817 mais certainement avant sous l’influence de Jean-Baptiste Say et Jean-Charles Léonard Sismondi avec leurs livres de 1803 (Sismondi était libéral au départ !). Le troisième champ est le maquis de la doctrine fouriériste qui se développe à partir de 1808. Le quatrième réside dans la profusion de la pensée saint-simonienne qui s’intéresse au phénomène dix ans plus tard. Le cinquième champ est celui de l’organisation progressive à partir de 1834. Le sixième enfin est la position de Louis Blanc qui ne se synthétise réellement qu’en 1839, mais qui s’appuie déjà sur un premier phénomène de mode pour l’expression dès les années 1832-33 (Garnier, 1843, p. 31).

Pourquoi six sortes et non quatre ou cinq ? C’est la thèse de François Furet : la Révolution française a séparé en deux chaque sous-champ politique. La droite s’est scindée entre les libéraux et les conservateurs ; le centre s’est séparé entre les centristes de droite et les centristes de gauche ; la gauche s’est enfin divisée entre les socialistes modérés et les communistes (Furet, 1988, p. 933). Cette répartition en six genres d’organisation du travail s’est conservée jusqu’à nos jours malgré la volonté du taylorisme de tout effacer.

Il faut donc remonter au début de la Révolution pour comprendre la genèse de la pensée des socialistes et des libéraux en la matière (cf. Grandjonc, 2013).  En histoire sociale, Maria Grazia Meriggi ne remonte qu’aux années 1830 (Meriggi, 2002). L’anthropologue américain Herbert Appelbaum commence pour la France par le livre de Charles Loyseau en 1610 (Traité des ordres et simples dignitez). Il poursuit par Diderot, Voltaire et Rousseau : donc il renvoie à la conception du travail de l’Encyclopédie et saute ensuite allégrement jusqu’en 1830  et ne cite pas Louis Blanc ! On peut aller plus loin en utilisant les thèses soutenues.

Pour les antécédents conceptuels, voir la thèse d’Yves Fonteneau (2011) Développements précoces du concept de travail mécanique (fin 17e siècle-début 18e siècle) : quantification, optimisation et profit de l’effet des agents producteurs, Lyon 1, Histoire des sciences. Sur le sens initial d’organisation administrative, il faut partir de la thèse de Martine Sin Blima-Barru (2013) Le comité des secrets, procès-verbaux et archives, mise en perspective d’un savoir administratif (1789-1795), Paris 1, Histoire contemporaine.

Sur la question saint-simonienne, on consultera la thèse de Jean-Luc Istace-Yacine (2000) La question sociale chez Saint-Simon, Lille 2, Sciences politiques. Sur l’organisation intérieure, il faut relire le livre de Philippe Lefebvre (2003). Sur l’organisation progressive se référer à la thèse d’Alain Thillay (1999) La liberté du travail à Paris sous l’Ancien régime : l’exemple du faubourg Saint-Antoine, Paris 4, Histoire. Pour l’organisation attrayante, voir le travail de Pierre Mercklé (2001) Le socialisme, l’utopie ou la science ? La « science sociale » de Charles Fourier et les expérimentations sociales de l’Ecole sociétaire au XIXe siècle, Lyon 2, Sociologie.

Sur l’organisation sociale voir la thèse d’Annie Soriot (1999) Le travail et la question sociale : histoire de la construction d’une synthèse entre le socialisme et l’économie politique au XIXe siècle, Paris 1, Histoire de la pensée économique. Et la compléter par celle de Cyrille Ferraton (2002) L’idée d’association, 1830-1928, Lyon 2, HPE, en particulier p. 156.

En histoire de la pensée de gestion cette voie a été ouverte par Florence Rigault (1996) Autorité, libéralisme et organisation : dynamiques du projet fayolien, Paris 1, HPE, puis par Karine Goglio (2001) L’analyse de la gestion des entreprises chez Jean-Baptiste Say, Nice, HPE, et enfin par la belle thèse de Thibault Le Texier (2011) La rationalité managériale, de l’administration domestique à la gouvernance, Nice, HPE.

Des auteurs gestionnaires ont enfin relevé le problème récemment : Jean-Louis Peaucelle avec sa généalogie de la pensée fayolienne dans les écrits de Saint-Simon (Peaucelle, 2003)  ou une revalorisation des utopies (Calvez et Duthu-Calvez, 2012), mais il faut être plus ambitieux et tenter une synthèse globale à la manière des sémanticiens de la pensée politique et économique (Lanza, 2006). En republiant le célèbre livre de Louis Blanc à la fois en français et en anglais, on peut espérer relancer la recherche sur ces problèmes de datation[Pour aller plus loin, il faudrait lire les nombreuses objections au système blancien : ROUSSEAUX et BRICANT (1848) Réfutation des principes de M. Louis Blanc sur l’organisation du travail, Paris, Martinon ; H. VIDAL (1848) Simple réplique au livre de M. Louis Blanc de l’organisation du travail ; G.O. (1848) Un avis de plus sur l’organisation du travail adressé au citoyen Louis Blanc, Paris, Prunier ; A. Clément (1848) Des nouvelles idées de réforme industrielle et en particulier du projet d’organisation du travail de M. Louis Blanc, Paris, Guillaumin ; BLANC LALESIE (1848) Appel au bon sens : une organisation possible du travail, Paris, imprimerie Plon.].

Figure 1. L’arborescence des mots impliqués dans l’innovation sémantique.

 

Figure 2. Les principaux auteurs selon les différents types d’organisation du travail.

 

Figure 3. Succession historique des mots-clés utilisés

 

Termes avant Organisation

(1396)

Termes avant Négociation

(1544)

Termes après Négociation  (1544)

DISPOSITION (1130)

CONDUITE (1400)

COMBINAISON (1663)

PRÉVISION (1265)

ANTICIPATION (1437)

COALITION (1718)

PRÉPARATION (1314)

GESTION (1455)

ADMINISTRATION (1783)

ARRANGEMENT (1318)

ORDONNANCEMENT (1490)

PROGRESSIVITÉ (1833)

COORDINATION (1361)

AMÉNAGEMENT (1495)

CONTESTATEUR (1842)

DIRECTION (1372)

MESNAGEMENT (1500)

LIBÉRALISATION (1842)

RÉPARTITION (1390)

ÉLABORATION (1503)

RÉGLEMENTATION (1845)

Source : dépouillement du Littré, du Dauzat et de Lexis Larousse.

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