Articles

Chapitre 1

Une approche par zones géographiques des processus de diffusion des pratiques managériales

Chapitre 2

Une approche par centre d'intérêt : technique, branche, secteur et entreprise

Chapitre 3

Diffuseurs de doctrine, auteurs et dogmes en management

Partenaires

Panorama historique des approches communautaires de l’entreprise

  • Francis GUERIN

    Maître de conférences à l’Institut National des Sciences Appliquées de Rouen guerin.francis@wanadoo.fr

Contacter les auteurs

Votre message a bien été envoyé

0 Commentaires

Réagir à cet article


Ajouter un nouveau commentaire :


Il n’est pas question ici de faire l’exégèse des mouvements de pensée et d’action qui, depuis le XIXe siècle, ont cherché à faire de l’entreprise ou à y voir une « communauté » : ils sont trop nombreux et divers pour cela. Certains ont été durables, comme le « patronage », inspiré par Frédéric Le Play et souvent dénoncé sous le vocable de paternalisme[Debouzy, « Permanence du paternalisme ? », Le Mouvement Social, n° 144, juillet-septembre 1988, p. 3-16 ; Jorda, « Du paternalisme au managérialisme : les entreprises en quête de responsabilité sociale », Innovations, n° 29, 2009, p. 149-168.], ou encore le christianisme social (inspiré notamment par l’encyclique de Rerum Novarum publiée en 1891 par Léon XIII[Mais aussi et surtout par Mater et Magistra, encyclique de Jean XXXIII, datée de 1961.]) qui a traversé le XXe siècle en affirmant l’entreprise comme « communauté d’hommes »[On trouve de multiples exemples de cette volonté d’ériger l’entreprise en « communauté d’hommes » dans la presse chrétienne d’entreprise, en particulier dans les revues Responsables (revue du Mouvement des Cadres Chrétiens, né en 1965 de la fusion entre l’Union Sociale des Ingénieurs Chrétiens et du Mouvement des Ingénieurs et Chefs d’Industrie d’Action Catholique), Documents et Commentaires ou Professions (cahiers du Centre Français du Patronat Chrétien : celui-ci, devenu en 2000 « Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens », publie aujourd’hui Dirigeants Chrétiens) ou encore Christianisme Social qui, de 1896 à 1971, a été l’organe de la Fédération Française du Christianisme Social (mouvement protestant orienté vers un socialisme chrétien), puis a été remplacé par Parole + Société et, finalement, par Autres temps.]. D’autres furent plus éphémères, comme les « communautés de production » des années 1940-1950[Meister, Les communautés de travail. Bilan d’une expérience de propriété et de gestion collective, Paris, Entente Communautaire, 1958.] initiées par la célèbre communauté de Boimondau (BOItiers de MONtres du DAUphiné) créée à Valence, dans la Drôme, par Marcel Barbu (1907-1984) en 1941. Celui-ci entendait développer les hommes en créant une totalité susceptible d’unifier l’existence humaine en ouvrant l’univers de la production sur l’ensemble de la vie (agriculture, vie familiale, loisirs culturels et sportifs, formation intellectuelle et spirituelle). D’autres, encore, furent le fait d’individus isolés souvent taxés d’utopistes. Ainsi, Etienne Cabet (1788-1856), avocat limougeaud, rêvait de mettre fin aux désordres auxquelles il avait assisté (notamment l’insurrection de 1830) en fondant une Icarie où règnerait une raison utilitaire et quasiment géométrique et où la source principale des maux sociaux de son temps – l’inégalité – serait définitivement éradiquée. Cela passait par une communauté totale de biens (conforme selon lui au « vrai Christianisme ») : l’absence d’argent, la rémunération en nature de chacun selon ses besoins dans des magasins centralisés, les transports en commun gratuits, la prise en commun de tous les repas, la planification omniprésente constituent les principales « recettes » de cette utopie rationaliste dont les tentatives de mise en œuvre en 1848 (au Texas) et 1849 (dans l’Illinois) furent de cuisants échecs. De même, Jean-Baptiste Godin (1817-1888), inspiré par les théories de Charles Fourier, cherchait avec le Familistère de Guise à offrir aux ouvriers de son entreprise de poêles et cheminées en fonte un environnement qui leur permettrait de connaître le confort alors réservé à la bourgeoisie. Il fit ainsi construire à Guise (dans l’Aisne) tous les éléments susceptibles de permettre la redistribution à ses ouvriers des richesses industrielles générées par son entreprise, laquelle fonctionnait selon un principe proche de celui des coopératives modernes. Il fit ainsi édifier le « Palais Social » (habitat collectif moderne), des lavoirs, des magasins d’approvisionnement, une école gratuite et obligatoire, un théâtre, une piscine, une bibliothèque, etc., auxquels tous les membres de l’entreprise avaient également accès quelle que soit la place qu’ils y occupaient.  Enfin, Robert Owen (1771-1858), industriel anglais du textile parti de rien, fonda en 1824 à partir de l’exemple de ses usines de New Lanark (Ecosse) la « communauté d’Egalité-Parfaite » de New Harmony (Indiana). Elle aussi fondée sur une utopie rationaliste et machinique, elle exaltait notamment l’idée selon laquelle les hommes sont essentiellement formés par les circonstances extérieures et leur environnement. Robert Owen y a donc encouragé une réforme complète de l’éducation et une mise en commun (« à chacun selon ses besoins »)… de tout. Des magasins d’échanges équitables où les gens viennent échanger le fruit de leur travail (valorisé en temps de travail nécessaire pour le produire) sont censés y éliminer l’argent, la concurrence, aussi sûrement que l’entretien matériel des rues et des bâtiments par un service dédié ou l’éducation morale stricte bannissant l’alcoolisme et la débauche.

D’autres enfin, émergent aujourd’hui, comme le courant des « communautés de pratique »[Wenger, Communities of Practice: Learning, Meaning and Identity, New York, Cambridge University Press, 1998 ou Brown et Duguid, “Organizational Learning and Communities of Practice: Towards an unified View of Working, Learning and Innovation”, Organization Science, 2 (1), 1991, p. 40-57.] inscrit dans le champ de l’apprentissage organisationnel et qui tente de comprendre, voire de susciter, les collectifs porteurs d’apprentissage à même le travail.

En outre, ces mouvements ont émané d’acteurs eux aussi très divers. De fait, il y a peu en commun entre les ouvriers de LIP qui voyaient dans la forme communautaire un moyen adapté à leur objectif de création d’emploi et de fonctionnement véritablement démocratique[Bondu, De l'usine à la communauté. L'institution du lien social dans le monde de l'usine, Thèse de doctorat de 3ème cycle en sociologie, Paris, EHESS, 2 tomes, 1981.], les dirigeants des mouvements managériaux de la « culture d’entreprise » des années 1980-1990[Piotet, « La tentation communautaire », Projet, n° 221, printemps 1990, p. 51-60 ; Godelier, La culture d’entreprise, Paris, La Découverte, 2006.] ou de la participation des années 1970, soucieux de motivation et d’implication au travail, les utopistes tels que Jean-Baptiste Godin[Lallement, Le travail de l’utopie. Godin et le Familistère de Guise, Paris, Les Belles Lettres, 2009.] à la recherche d’une réponse à la question sociale qui transperce une société travaillée en profondeur par la Révolution industrielle ou des consultants comme Etienne Wenger[Chercheur entre 1987 et 1997 à l’Institut de Recherche sur l’Apprentissage de Palo-Alto (Californie) il est avec Jean Lave (Université de Berkeley) l’un des fondateurs du concept de communauté de pratiques.] l’est devenu.

Enfin, conséquence logique, le terme de communauté ne jouit pas dans ces différentes tentatives d’un sens homogène et stabilisé qui spécifierait à coup sûr les ambitions et contours du projet sous-jacent à sa mobilisation et à sa revendication pour parler de l’entreprise. Ce manque de robustesse fait d’ailleurs écho aux constats de la littérature sociologique, qu’elle soit de tradition anglo-saxonne[Schrecker, La communauté. Histoire critique d’un concept dans la sociologie anglo-saxonne, Paris, L’Harmattan, 2006.] ou qu’il s’agisse de la sociologie francophone[Guérin, Histoire et épistémologie du concept de communauté dans la sociologie française aux XIXème-XXème siècles, Thèse de doctorat en sociologie, Paris, EHESS, 2 tomes, 2001.], affecté qu’il y est par une polysémie qui fait conclure à Giovanni Busino : « En tant que concept scientifique, le terme "communauté" n'a donc aucune valeur ; en tant qu'instrument pour la création d'un imaginaire social, il occupe assurément une place fondamentale, et sans doute est-il destiné à se perpétuer. »[Busino, « Qu'est-ce que la communauté selon les sociologues ? », in ID., Critiques du savoir sociologique, Paris : Presses Universitaires de France, 1993, p. 140.]

 

1. L’entreprise communautaire : un « miroir »

 

On ne peut donc qu’être étonné par le foisonnement et la persistance étonnante de ce terme de communauté pour parler de l’entreprise elle-même ou pour nommer la réalité sociale qu’on entend y créer. Et, plutôt que de tenter de dresser un impossible tableau des différences, voire des oppositions, de contenu et de signification pouvant exister entre ces différentes mobilisations du mot « communauté », il paraît plus intéressant de pointer les points communs qui constituent un véritable trait d’union entre elles.

 

1.1. Le discours communautaire sur l’entreprise : une fonction plus qu’une signification

Le premier de ces points communs est à chercher dans la fonction de « miroir » que remplit la communauté dans ces tentatives ou discours. En effet, la communauté qui est évoquée ou que l’on cherche à construire y est toujours conçue comme un appel à faire de l’entreprise autre chose que ce qu’elle est habituellement : il s’agit de s’opposer à une réalité sociale dominante et instituée de l’entreprise pour lui offrir une alternative, voire une altercation. Si la communauté n’a pas de signification établie, c’est parce que sa fonction (aussi bien en tant que concept dans les sciences sociales que comme tentative dans la société réelle) est de permettre de penser ou de construire « autre chose » que ce qui existe déjà. Si la réalité que les tenants de la communauté cherchent à contrecarrer se transforme, son reflet le fait dans les mêmes proportions : la communauté n’est jamais envisagée per se, mais en opposition, en contraste, en modernisation ou en rupture avec l’autre partie d’un couple indissociable qui dicte le sens qu’elle prend.

Ainsi, quand le Conseil National du Patronat Français en appelle à « L’entreprise communauté d’hommes au travail »[CNPF, « L’entreprise communauté d’hommes au travail », Promouvoir l’entreprise, n° 14, 1976.], il énonce le fait que,

« en devenant communauté, l’entreprise cesse d’être une machine économique définie seulement par sa fonction productive. […] L’entreprise classique et traditionnelle n’a pas généralement de forte vie communautaire, puisque théoriquement, elle est tiraillée par ses deux exigences foncières que sont la pression de l’économie de marché et celle de l’organisation rationnelle. Si elle se contente de répondre à ces impératifs, qui sont fondamentalement impersonnels, elle ne contribue pas à rendre l’homme satisfait. »[Ibid., p. 52.]

« Or il semble que c’est dans cette voie que se dessine l’évolution future qui aurait pour objet de transformer l’entreprise en une entité communautaire, constituée de plusieurs groupes revêtant des formes diverses au sein desquels les individus auraient le sentiment d’être mieux identifiés, moins aliénés, plus motivés et, par conséquent, plus efficaces. »[Ibid., p. 10-11.]

De même Michel Druon[Druon, Le défi communautaire. L’expérience d’une communauté dans une entreprise, Paris, Eurepi, 1974. Michel Druon est le fondateur en 1949 du groupe de presse Le Particulier, qu’il dirigera jusqu’en 1976 et au sein duquel il expérimentera la plupart de ses idées. L’entreprise restera longtemps familiale : dirigée par son fils Daniel jusqu’en 2005, elle sera ensuite reprise par sa petite-fille jusqu’en 2009, date de sa vente au groupe Le Figaro. Il s’agit donc d’une approche très pragmatique et heuristique de la communauté, manifestement nourrie malgré tout par les idées de l’humanisme et de la démocratie chrétiens.] ne cesse-t-il de définir la « Communauté d’Entreprise » qu’il a cherché à instaurer dans les trois entreprises qu’il a dirigées durant 24 ans par différence avec les entreprises classiques :

« Le premier but d’une Communauté d’Entreprise doit être de permettre à l’homme de s’épanouir dans son travail. Cela paraît presque un truisme de le dire, mais il faut l’affirmer d’entrée de jeu car trop d’entreprises actuelles n’ont pas ce but dans leur esprit. »

De multiples textes de la presse chrétienne adoptent la même tonalité vis-à-vis d’une communauté porteuse de transformation de l’entreprise existante. Elle n’y apparaît en effet que liée à l’idée d’une indispensable « réforme de l’entreprise » face aux insatisfactions et lacunes suscitées par les orientations actuelles des firmes :

« Il faut que l’entreprise fasse autre chose que de fabriquer des produits. Si l’on veut qu’elle soit, non pas une machine à faire de l’argent, mais une communauté où des hommes vivent et s’épanouissent ensemble, il faut y consentir l’effort et l’argent nécessaires. »[J. P., « Témoignage : un ingénieur de fabrication qui prend des initiatives », Responsables, n° 1/1958, p. 23.]

« L’entreprise, cellule de base de la vie économique, n’est pas seulement dans les perspectives chrétiennes l’objet d’un droit de propriété, ni même une unité de production. C’est et ce doit être une communauté humaine. »[Collectif, « L’homme dans les diverses sociétés économiques », Responsables, n° 6, août-septembre 1958, p. 33.]

« Si quelques chefs d’entreprise, ayant compris la nécessité d’une rupture franche avec le principe capitaliste, prenaient la décision (le fait s’est produit plusieurs fois) de renoncer spontanément à leurs droits de souveraineté et de transférer ces droits à leur personnel ou même aux consommateurs, transformant leur entreprise en coopérative ou en communauté de travail, ils feront une œuvre utile […]. »[Lasserre, « La réforme de l’entreprise », Christianisme social, n° 7/9, août-octobre 1950, p. 396.]

« Aux yeux d’un chrétien, l’entreprise n’est pas un simple instrument économique, une machine à produire des revenus. Pour ce qui me concerne, je l’ai toujours vécue comme une communauté […]. Contre le danger de bureaucratisation qui guette toute structure productive ou distributive dépassant une certaine dimension, il importe, me semble-t-il, d’insister sur la nature communautaire de l’entreprise, lieu de rencontre et de coopération entre des personnes engagées dans un véritable service civil et social. »[Nobili, « Je crois à l’utilité du dialogue social », in Laurent et Jahan (ed.), Les Eglises face à l’entreprise. Cent ans de pensée sociale, Paris, Centurion, 1991, p. 256. (Franco Nobili était alors président de l’Institut pour la Reconstruction Industrielle et vice-président de l’Union Chrétienne des Dirigeants d’Entreprise).]

Dans ces différents passages produits par des cadres ou des dirigeants chrétiens, on voit bien que la communauté et surtout l’entreprise où elle est supposée s’incarner se définissent avant tout comme étant « autre » ou « plus » que ce que la société ou le capitalisme ambiants ont pu produire jusqu’alors. Il s’agit bien de transcender la limitation purement économique de l’entreprise pour la faire déboucher sur d’autres dimensions d’ordre spirituel et social.

Mais les chrétiens ne sont pas les seuls à aspirer à une « réforme » de l’entreprise dans leur discours de la communauté. Ainsi les communautés de pratique se définissent-elles avant tout par rapport aux formes traditionnelles de l’entreprise dont elles seraient supposées être capables de dépasser les limites traditionnelles en termes de créations de solutions aux problèmes rencontrés par les salariés ou l’organisation elle-même :

« Communities of practice (CoPs) are being depicted as a new and particularly promising form of organizing (Brown and Duguid 1991, 2000). It is argued that since membership occurs more or less on a voluntary basis, since they are not limited by barriers traditionally imposed by formal work structures and since they can span legal organizational boundaries. »[Soenen, « Effective Communities of Practice: A Comparative Study », Lyon, Cahier de Recherche EM Lyon, n° 2005/06, juin 2004, p. 3.]

Enfin, l’échec de la mouvance des communautés de production, déploré par Albert Meister, est bien son incapacité à réaliser son ambition originelle, qui était ni plus ni moins que de « créer une société en marge de la société globale contre laquelle elle se révoltait. »[Meister, op. cit., p. 66.].

Dans tous ces discours, il s’agit de dépasser les limites de la réalité instituée : la communauté ne se définit donc pas en soi, mais bien à partir de ces limites et de la fonction d’antidote qu’elle est supposée jouer vis-à-vis d’elles. L’entreprise communautaire se définit plus par ce qu’elle ne doit pas - plus - être que par un projet constant ou un contenu identifié qui resterait le même au fil des discours et des époques. Si cette fonction de miroir permettant de réfléchir (au double sens de renvoyer une image et de penser) l’entreprise classique reste constante, sa signification évolue sans cesse au gré des différences d’analyse quant aux limites de l’institué. Regretter l’impuissance de la prescription à fournir des solutions organisationnelles (Communautés de pratique) n’engendre pas des solutions identiques à celles qui naissent d’une analyse des limites d’une vision strictement économique – et non spirituelle - de l’entreprise (catholicisme social) ou d’un regret quant aux conséquences productives et humaines du divorce entre l’économique et le social (CNPF). Il serait donc vain de chercher à définir ce qu’est l’entreprise communautaire : il en existe autant de versions que de critiques de l’entreprise « traditionnelle », normale, instituée.

 

1.2. Conséquence : des affinités fortes avec d’autres mouvements.

Cette manière d’approcher l’entreprise comme communauté, c’est-à-dire comme un idéal défini en creux du réel, n’est absolument pas propre aux courants patronaux, « managériaux » ou gestionnaires évoqués ci-dessus. En effet, cette façon de « construire » (au moins idéellement puisque les tentatives pour la concrétiser sont souvent des échecs cuisants) la communauté est certainement le dénominateur commun de toutes les approches de la communauté, théoriques ou pratiques, qu’elles parlent ou non de l’entreprise.

Mais surtout, les différentes tentatives se réclamant d’une réalisation de la communauté dans la société, quand bien même elles ne concerneraient pas l’entreprise, auront toutes la volonté de construire une « alternative » destinée à soigner ou à combler les carences de la société contemporaine sous toutes ses formes. Et l’on ne peut qu’être frappé par la proximité qui peut exister – toutes choses étant égales par ailleurs – entre toutes ces manières de construire la communauté comme antithèse de l’institué. Ainsi, en décrivant la révolte de mai 1968, Bernard Lacroix montre que les jeunes « communards » de l’époque

« savent surtout ce dont ils ne veulent pas : l’embrigadement, professionnel ou partisan ; le renoncement au plaisir, à la critique et à la vie ; la capitulation devant une société que, faute d’avoir pu transformer, il ne leur reste plus qu’à accepter. Ils sont moins sûrs de ce dont ils rêvent. »[Lacroix, L’utopie communautaire. Histoire sociale d’une révolte, Paris, Presses Universitaires de France, 2006, édition originale : 1981.]

Dans la profusion de communautés qui voient le jour à cette époque (communautés de base chrétiennes, communautés éducatives, communautés thérapeutiques en psychiatrie), la démarche de construction du discours communautaire est exactement semblable à celle des approches communautaires de l’entreprise, pourtant portées par des acteurs bien différents :

« Partout l’énoncé communautaire est […] irréductible désir de table rase et projet de cité nouvelle : nouvelle école, Eglise régénérée, prison humanisée, hôpital ouvert, … Toujours aujourd’hui il paraphe une lutte et crie une volonté de transformation. L’étude du discours communautaire l’a montré imprécis et négateur : la communauté accueille ce que ceux qui la sollicitent lui apportent, elle cristallise et rassemble les aspirations diffuses de ses propagandistes. […] L’essentiel demeure sa fonction d’altérité, voire d’altercation : permettre à ceux dont elle est l’emblème de combat, d’affirmer leur “commune” différence face à l’institution contestée. Elle est arme de contestation. »[Lacroix, « Le discours communautaire », Revue Française de Science Politique, n° 3, juin, volume XXIV, 1974, p. 540-541.]

Des conclusions similaires quant aux vertus ou finalités transformatrices de la communauté ont été émises par les chercheurs (Michel Voisin[Voisin, « Communautés utopiques et structures sociales : le cas de la Belgique francophone », Revue Française de Sociologie, XVIII-2, avril-juin 1977, p. 271-300.], Marcel Bolle de Bal[Bolle de Bal, La tentation communautaire. Les paradoxes de la reliance et de la contre-culture, Bruxelles, Editions de l’Université de Bruxelles, 1985.]) qui ont étudié les communautés contre-culturelles belges des années 1970, les tentatives de démocratie organisationnelle des années 1970 (Renaud Sainsaulieu[Sainsaulieu, « Du communautaire au "groupal" : le cas français », Autrement, n° 20, septembre 1979, p. 129-137.], qui n’hésite pas à rapprocher les expériences du Centre des Jeunes Dirigeants, les communautés de production, les démarches participatives des grandes firmes et les structures coopératives) ou encore les communautés virtuelles (en particulier les communautés électroniques). Ainsi, ces dernières, par exemple, trouvent leur origine « dans les valeurs de la contre-culture californienne des années soixante-dix »[Proulx et Latzko-Toth, « La virtualité comme catégorie pour penser le social : l’usage de la notion de communauté virtuelle », Sociologie et sociétés, vol. 32, n° 2, 2000, p. 106.], tant leurs pionniers voyaient dans la technique des réseaux les ferments d’une nouvelle façon de vivre en société : « Les [télé-]conférenciers ne se percevaient pas principalement en tant que lecteurs d’un babillard ou tenants d’un discours novateur, mais plutôt comme les acteurs d’un nouveau type d’expérience sociale. »[Ibid.]

Ces approches rejoignent l’opposition entre Gemeinschaft (communauté) et Gesellschaft (société) telle que la pensait Ferdinand Tönnies[Tönnies, Communauté et Société - Catégories fondamentales de la sociologie pure, trad. Jacques Leif, Paris, éditions Retz-C.E.P.L, 1977, édition originale : 1887.], ou encore celle que Max Weber[Weber, Economie et société (Tome Premier), trad. Julien Freund et alii, Paris, Plon, 1971, édition originale allemande : 1922.] avait formalisée entre Vergemeinschaftung (communalisation) et Vergesellschaftung (sociation). Celles-ci ont durablement façonné une relation indissociable et dialectique entre les deux termes qui va irriguer durablement la tradition sociologique[Nisbet, La tradition sociologique, trad. Martine Azuelos, Paris, Presses Universitaires de France, 1993, édition originale américaine : 1966.] et y enraciner cette opposition.

D’une certaine manière, les conceptions communautaires de l’entreprise, par leur mode de construction, sont plus des visions communautaires que des visions de l’entreprise : comme leurs homologues, elles tendent effectivement vers l’utopie (littéralement : un « non lieu ») en ce sens qu’il s’agit bien de construire une forme d’organisation – l’entreprise, l’hôpital, le lieu de vie, l’école – qui n’existe pas encore dans la société dominante.

 

2. La communauté comme totalité

 

Produire ou imaginer une entreprise communautaire consiste donc à envisager une « autre » entreprise que celle secrétée par la société. Mais, au-delà de cette rhétorique de construction, est-il possible de repérer d’autres constantes dans les discours de l’entreprise communautaire ? De notre point de vue, deux sont identifiables : celle d’un lien social qui se superposerait exactement à l’organisation et en épouserait les frontières, et celle d’une entreprise plus « totale » (quelle que soit la signification de cette totalité).

 

2.1. Un lien social plus riche

« La communauté est chaleureuse, humide et intime ; la société est froide, sèche, et formelle »[Berger, “Disenchanting the Concept of Community”, Society, volume 25, n° 6, septembre-octobre 1988, p. 50.] ; « Tandis que, dans la communauté [les hommes] restent liés malgré toute séparation, ils sont, dans la société, séparés malgré toute liaison. »[Tönnies, op. cit., p. 81.]

Ces deux citations résument le point commun de tous les discours tendant à instituer l’entreprise (ou toute autre forme sociale) en communauté : elle y figure un moyen de restaurer (pour les nostalgiques) ou instaurer un lien social idéal qui dépasserait en intensité et en richesse celui - contractuel, formel, fondé sur le calcul et l’égoïsme – qui prévaut dans les organisations classiques. Les outils envisagés pour parvenir à cet objectif – et ils sont particulièrement nombreux et contradictoires selon les locuteurs – sont tous voués à l’ancrage de ce lien social. Autogestion, participation financière, élévation des salaires, développement de l’éducation et de la formation, structures de consultation et de participation, systèmes de suggestions, décentralisation de l’autorité, modèle coopératif de propriété, comités d’entreprise, décisions en assemblée générale, abolition de toute propriété privée, œuvres culturelles et sociales, etc., sont les instruments formels, les superstructures, dont les tenants de la communauté attendent le développement de ce lien social qui constitue leur objectif réel et ultime.

C’est évident pour les discours chrétiens qui en appellent à de multiples reprises à un travail humain qui aurait retrouvé « son vrai sens de fraternité »[Moussé, « L’entreprise, cellule de société », Responsables, n° 77, mai 1976, p. 10.] dans une entreprise communautaire, à une « loyauté réciproque et une référence constante au bien commun »[USIC, « Position de l’USIC sur la participation des travailleurs aux responsabilités de l’entreprise », Responsables, n° 2, 1958, p. 44.], à une capacité à « vivre, non seulement selon la justice et le droit, mais aussi selon la charité surnaturelle et donc dans l’amitié fraternelle »[Clément, « La conception chrétienne de l’entreprise », Documents et commentaires, n° 20, décembre 1957, p. 26.], à une « entreprise qui rapproche »[Rollet, « L’entreprise et son chef », Documents et commentaires, n° 27, septembre-octobre 1959, p. 74.] tous ses membres, à la réalisation d’une « harmonie nécessaire à la croissance du Royaume de Dieu »[Guibert, « La participation dans l’entreprise », Professions, n° 555, août 1964, p. 24.], à « une entreprise qui ne peut être l’œuvre que des efforts intelligents des hommes, ce qui laisse place à la liberté, à la recherche et finalement à l’amour »[Boyer, « Réflexions sur l’entreprise », Documents et commentaires, n° 28, décembre 1959-janvier 1960, p. 14.] ou à de « bonnes relations humaines [qui] sont le principal et plus élevé but intrinsèque de l’entreprise »[di Rovasenda, « L’ingénieur catholique et les relations humaines dans l’entreprise », Responsables, n° 7, décembre 1954, p. 13.].

C’est tout aussi vrai pour le CNPF qui énonce qu’une « véritable communauté d’hommes » suppose « une concertation et une confiance réciproque à tous les niveaux », « l’instauration de liens de solidarité »[CNPF, op. cit., p. 35.], exaltant dans l’entreprise une « solidarité communautaire qui apporte à chaque homme, grâce à la pratique quotidienne du service et de l’entraide de tous au profit de tous, la chaleur humaine indispensable » et des pratiques de participation qui donneront « à chacun le sentiment d’appartenir à une communauté vivante dans laquelle les rapports humains harmonieux se substituent aux relations bureaucratiques. »[Ibid., p. 44.]

Les communautés de pratique elles-mêmes marquent le passage d'un paradigme individuel à un paradigme collectif. « L'engagement mutuel » (qui suppose un rapport d'entraide), « l'entreprise commune » et le « partage d'un répertoire commun » qui constituent les trois fondements des communautés de pratique renvoient à une mise en cause de l'individualisme qui prévalait jusqu'alors dans l'apprentissage et ses mécanismes. D’ailleurs, nombre d’auteurs montrent combien cette approche rompt avec le modèle « rationnel » et individualiste d’apprentissage et repose sur des principes très différents :

« […] successful knowledge based organizations depends on fostering sharing that is not motivated by calculative self-interest and explicit rewards. Such sharing downplays explicit job characteristics, extols voluntarism, and is strongly motivated by peer recognition. It breaks the relationship between individual performance and individual rewards, and instead looks to group affiliation and communal values as the organizing principles. The set of values embodied in these observations reflect the natural view of organizations. »[Lampel et Bhalla, “Let’s get natural: Communities of Practice and the Discourse of Spontaneous Sharing in Knowledge Management”, Fifth European Conference on Organizational Knowledge, Learning and Capabilities, Innsbruck, Austria. 2-3 April, 2004, p. 13.]

 

Ainsi, l’individu qui entre dans une communauté de pratique vit une expérience relationnelle allant bien au-delà d’un apprentissage cantonné à un strict objectif utilitaire. Et les créateurs de ce concept (Jean Lave et Etienne Wenger[Lave et Wenger, Situated Learning: Legitimate Peripheral Participation, New York, Cambridge University Press, 1991.]) insistent sur cette rupture radicale avec le lien social prévalant habituellement dans les organisations productives, imitant en cela des formes de lien existant dans des structures sociales telles que la famille ou, par ses dimensions initiatiques, la tribu  :

« They illustrated it with five examples of apprenticeship, emphasizing that their notion of apprenticeship is not restricted to the historical idea of apprenticeship in a trade. Rather they view it as a form of socialization into a community, where the newcomer gradually becomes a legitimate member of the CoP by learning the practice, the language and the conventions of the community, by having access to and interacting with established members. »[Ibid., p. 14-15.]

 

2.2. L’ambition d’une totalité

Dans ces approches, comme chez Ferdinand Tönnies, la communauté se fait symptôme à la fois de crise et de nécessité de changement radical et l’on peut d'ailleurs noter que « les études relatives aux questions communautaires citent le travail de Ferdinand Tönnies avec une fréquence qui pourrait s'interpréter comme une sorte de rituel »[Fichet, « Petite note sur un grand classique : Ferdinand Tönnies », Cultures et sociétés, n° 6, Hiver 1995, p. 33.]. Comme chez lui, elle incarne un lien social plus riche, plus complet, capable d’entrer en bijection avec les frontières d’une entreprise dès lors apte à transcender la seule fonction économique que lui confère son appartenance au régime de la « société ».

Mais derrière cette ambition de dépassement et d’un recouvrement complet entre institution et lien social s’en profile une autre, bien plus ambitieuse : réaliser, dans des versions sans cesse renouvelées et très différentes une unité, une totalité déjà présente chez Aristote, pour qui la communauté incarne l’idéal d’une cité complètement autosuffisante et capable de répondre aux besoins de ses citoyens[Aristote, Les Politiques, trad. Pierre Pellegrin, Paris, Flammarion, 1990.].

Dans les différentes versions de l’entreprise communauté, il s’agira donc de réunir ce qui était disjoint et brisé ou de réaliser une totalité inaccessible à l’entreprise « classique ». Ainsi le projet des communautés de production était-il d’impliquer la totalité de l’être humain et de « tendre à l’épanouissement humain complet des membres qui composent la communauté »[Extrait de la Charte des Communautés de travail.]. Marcel Mermoz, qui avait remplacé Marcel Barbu à la tête de la Communauté Boimondau durant la déportation de ce dernier en Allemagne (puis après son éviction par les compagnons en 1946) n’hésite pas à dire dans le livre d’entretiens que lui a consacré l’intellectuel et écrivain catholique Jean-Marie Domenach que, pour lui et ses compagnons,

« La communauté était une personne. J’avais fini par me représenter l’ensemble des hommes comme les globules de sang d’un être immense. Ces globules rouges qui circulent à une grande vitesse ont l’impression d’être libres, mais ils sont dans le corps. »[Mermoz (entretiens avec Jean-Marie Domenach), L’autogestion, c’est pas de la tarte !, Paris, Seuil, 1978, p. 84. Cet ouvrage a essentiellement pour but, via des entretiens, de recueillir la pensée et le parcours d’un homme qui, avant tout autodidacte, militant et homme d’action, n’a pas laissé de traces écrites en dehors de ce « testament ».]

De même, Boimondau entendait régler les conflits entre famille et communauté grâce à

« L’intervention de la communauté sur la famille […]. Par exemple, si un type avait une fiancée, il la présentait au conseil général [de la communauté]. On considérait que la cellule de base de la communauté était la famille et pas l’individu. Là-dessus, j’étais d’accord. Ca peut paraître bizarre. J’étais d’accord et je le suis toujours. Donc, la communauté doit s’intéresser au couple et aux enfants. Les femmes doivent être intégrées à la communauté comme les gosses. Pour l’ouvrier, il y avait trois stades : apprenti, postulant, compagnon. Dans le cas des femmes, les deux premiers stades étaient confondus. Lorsqu’elle était fiancée, elle devait assister aux réunions et écouter le curé – Barbu ou moi – qui faisait le catéchisme de la communauté et qui lui posait des questions. En contrepartie, elle recevait une rémunération, basée sur son assistance aux réunions et sur l’opinion du chef de groupe. »[Ibid., p. 14-15.]

La communauté n’est plus ici une simple structure productive : elle devient une institution qui aurait des fonctions éducatives (la culture y a été décrétée « obligatoire » et est même rémunérée au même tarif que la production), religieuses, socialisatrices. Elle se fait institution « totale », en charge de toutes les fonctions nécessaires à l’homme et les frontières qui font de l’entreprise une forme sociale spécifique s’effacent, voire n’ont plus de sens. Il n’est dès lors pas étonnant que ces communautés de production aient inspiré nombre de communautés contre-culturelles des années 1970, qu’elles aient eu ou pas une fonction de production à l’origine : le moule communautaire ne reconnaît pas de telles distinctions.

Robert Owen professait lui aussi une conception très proche (les enfants, les adultes et les vieillards avaient tous une fonction dans la communauté en fonction de leur âge). Mais il allait encore plus loin en ce sens que la propriété (« Tous seront pourvus de tous les objets utiles, de la meilleure qualité, au moyen d’une organisation sociale qui donnera la meilleure direction à l’industrie et aux talents de chacun »[Owen, Le livre du nouveau monde moral contenant le système social rationnel basé sur les lois de la nature humaine (abrégé et traduit par T. W. Thornton), Paris, Paulin, 1847, p. 63.]) ou même l’éducation devaient être communes dans sa société idéale (formée par « l’union de familles en communauté ou associations d’hommes, femmes et enfants, en proportions ordinaires, et en nombres variables, depuis 500 jusqu’à 2,000 ou 3,000 suivant les circonstances »[Ibid., p. 65.]) :

 « Tous les enfants, depuis la naissance, seront confiés aux soins spéciaux de la communauté où ils naissent : mais leurs parents auront accès libre auprès d’eux à tous les instants convenables. Tous les enfants de la même communauté seront élevés ensemble, comme enfants de la même famille, et sans partialité. »[Ibid., p. 65-66.]

Même le CNPF, quand il envisage l’entreprise comme communauté, en appelle à une « conception plus complète de l’entreprise qui fasse réellement sa place à l’homme »[CNPF, op. cit., p. 10.] et puisse progressivement devenir « une nouvelle structure conçue à partir de sa finalité humaine liée intimement à sa finalité économique, en s’appuyant sur le principe que le social passe par l’économique, et que l’économique passe par l’humain. »[Ibid., p. 11.]

Dans tous les cas, la communauté est là pour réunir ce dont la schize, la rupture, la séparation posait problème dans l’entreprise classique. Cette totalité recherchée, si elle varie dans ses modalités, part toujours du même principe que la communauté a un caractère thérapeutique de par l’union qu’elle est supposée réaliser là où l’entreprise traditionnelle et instituée est censée dysfonctionner ou s’appauvrir par la séparation et la mutilation. Même les communautés de pratique, à un niveau plus modeste, empruntent à cette même ambition. Leur caractéristique, comme toutes les formes de « situated learning »[Lave et Wenger, Situated Learning: Legitimate Peripheral Participation, New York, Cambridge University Press, 1991.] est de réunir apprentissage et travail là où l’entreprise classique les disjoint de manière artificielle et formaliste.

 

Conclusion

Nous n’avons ici envisagé que des discours communautaires de l’entreprise : la réalité qu’ils ont inspirée ou les critiques dont ils ont fait l’objet (notamment quant au glissement inévitable de la totalité au totalitaire[Piotet, « La tentation communautaire », Projet, n° 221, printemps 1990, p. 51-60.]) n’ont pas été prises en compte. Mais elles méritent effectivement qu’on les rappelle pour conclure tant la confrontation du discours au réel montre d’une part la très faible distance qui peut exister entre utopie et dystopie et d’autre part combien l’idée même de totalité pose question dans une société faite d’appartenances multiples et d’éclatement dans l’unité de temps et de lieu que peuvent connaître les individus.

Mais, en tout état de cause, ces discours communautaires de l’entreprise portent, pour ce qui concerne le cas particulier de la France, une marque distinctive qu’on aura pu entrapercevoir dans les sources qui ont été mobilisées : beaucoup d’entre eux sont issus du terrain et sont tenus par des praticiens (cadres, dirigeants, syndicalistes). D’où une forme qui n’est pas toujours très élaborée sur le plan théorique, mais aussi une inscription dans des « mouvements » tels que l’économie sociale (les communautés de production ont largement inspiré le mouvement coopératif, mutualiste et associatif actuel) ou encore le patronat chrétien. Mais ces mouvements – restons-en conscients – sont largement marginaux ou dominés dans le management et la gouvernance des entreprises. De fait, à l’écart du main trend de par leurs origines religieuses (le catholicisme) ou idéologiques et philosophiques (l’autogestion, le personnalisme), ils peinent à s’imposer sur le devant d’une scène managériale dominée par des approches volontiers rationalistes à l’extrême (comme en témoigne la « dureté » de la version française du taylorisme) ou inspirées par les Etats-Unis où cette approche de l’entreprise comme communauté est pour ainsi dire inexistante.

 

 

 


Bibliographie

 

Aristote, Les Politiques, trad. Pierre Pellegrin, Paris, Flammarion, 1990

Berger, B. M., « Disenchanting the Concept of Community », Society, volume 25, n° 6, septembre-octobre 1988, p. 50-52

Bolle de Bal, M., La tentation communautaire. Les paradoxes de la reliance et de la contre-culture, Bruxelles, Editions de l’Université de Bruxelles, 1985

Bondu, D., De l'usine à la communauté. L'institution du lien social dans le monde de l'usine, Thèse de doctorat de 3ème cycle en sociologie, Paris, EHESS, 2 tomes, 1981

Boyer, B.-M., « Réflexions sur l’entreprise », Documents et commentaires, n° 28, décembre 1959-janvier 1960, p. 7-33

Brown, J. S., Duguid, P., « Organizational Learning and Communities of Practice: Towards an unified View of Working, Learning and Innovation », Organization Science, 2 (1), 1991, p. 40-57

Busino, G., « Qu'est-ce que la communauté selon les sociologues ? », in ID., Critiques du savoir sociologique, Paris, Presses Universitaires de France, 1993, p. 125-142

Clément, M., « La conception chrétienne de l’entreprise », Documents et commentaires, n° 20, décembre 1957, p. 23-28

CNPF, « L’entreprise communauté d’hommes au travail », Promouvoir l’entreprise, n° 14, 1976

Collectif, « L’homme dans les diverses sociétés économiques », Responsables, n° 6, août-septembre 1958, p. 33-47

Debouzy, M., « Permanence du paternalisme ? », Le Mouvement Social, n° 144, juillet-septembre 1988, p. 3-16.

Druon, M., Le défi communautaire. L’expérience d’une communauté dans une entreprise, Paris, Eurepi, 1974

Fichet, B., « Petite note sur un grand classique : Ferdinand Tönnies », Cultures et sociétés, n° 6, Hiver 1995, p. 33-40

Godelier, E., La culture d’entreprise, Paris, La Découverte, 2006

Guérin, F., Histoire et épistémologie du concept de communauté dans la sociologie française aux XIXe-XXe siècles, Thèse de doctorat en sociologie, Paris, EHESS, 2 tomes, 2001

Guibert, S., « La participation dans l’entreprise », Professions, n° 555, août 1964, p. 19-24

J. P., « Témoignage : un ingénieur de fabrication qui prend des initiatives », Responsables, n° 1/1958, février, p. 20-23

Jorda, H., « Du paternalisme au managérialisme : les entreprises en quête de responsabilité sociale », Innovations, n° 29, 2009, p. 149-168

Lacroix, B., « Le discours communautaire », Revue Française de Science Politique, n° 3, juin, volume XXIV, 1974, p. 526-558

Lacroix, B., L’utopie communautaire. Histoire sociale d’une révolte, Paris, Presses Universitaires de France, 2006, édition originale : 1981

Lallement, M., Le travail de l’utopie. Godin et le Familistère de Guise, Paris, Les Belles Lettres, 2009

Lampel, J., Bhalla, A., « Let’s get natural: Communities of Practice and the Discourse of Spontaneous Sharing in Knowledge Management », Fifth European Conference on Organizational Knowledge, Learning and Capabilities. Innsbruck, Austria. 2-3 April, 2004

Lasserre, G., « La réforme de l’entreprise », Christianisme social, n° 7/9, août-octobre 1950, p. 361-400

Lave, J., Wenger, E., Situated Learning: Legitimate Peripheral Participation, New York, Cambridge University Press, 1991

Meister, A., Les communautés de travail. Bilan d’une expérience de propriété et de gestion collective, Paris, Entente Communautaire, 1958

Mermoz, M. (entretiens avec Jean-Marie Domenach), L’autogestion, c’est pas de la tarte !, Paris, Seuil, 1978

Moussé, J., « L’entreprise, cellule de société », Responsables,, n° 77, mai 1976, p. 6-10

Nisbet, R. A., La tradition sociologique, trad. Martine Azuelos, Paris, Presses Universitaires de France, 1993, édition originale américaine : 1966

Nobili, F., « Je crois à l’utilité du dialogue social », in  Laurent, P., Jahan, E. (Ed.), Les Eglises face à l’entreprise. Cent ans de pensée sociale, Paris, Centurion, 1991, p. 256-257

Owen, R., Le livre du nouveau monde moral contenant le système social rationnel basé sur les lois de la nature humaine (abrégé et traduit par T. W. Thornton), Paris, Paulin, 1847

Piotet, F., « La tentation communautaire », Projet, n° 221, printemps 1990, p. 51-60

Proulx, S. et Latzko-Toth, G., « La virtualité comme catégorie pour penser le social : l’usage de la notion de communauté virtuelle », Sociologie et sociétés, vol. 32, n° 2, 2000, p. 99-122

Rollet, H., « L’entreprise et son chef », Documents et commentaires, n° 27, septembre-octobre 1959, p. 68-86

di Rovasenda, E., « L’ingénieur catholique et les relations humaines dans l’entreprise », Responsables, n° 7, décembre 1954, p. 4-18

Sainsaulieu, R., « Du communautaire au "groupal" : le cas français », Autrement, n° 20, septembre 1979, p. 129-137.

Schrecker, C., La communauté. Histoire critique d’un concept dans la sociologie anglo-saxonne, Paris, L’Harmattan, 2006

Soenen, G., Effective Communities of Practice : A Comparative Study, Lyon, Cahier de Recherche EM Lyon, n° 2005/06, juin 2004

Tönnies, F., Communauté et Société - Catégories fondamentales de la sociologie pure, trad. Jacques Leif, Paris, éditions Retz-C.E.P.L, 1977, édition originale : 1887

USIC, « Position de l’USIC sur la participation des travailleurs aux responsabilités de l’entreprise », Responsables, n° 2, 1958, p. 43-45

Voisin, M., « Communautés utopiques et structures sociales : le cas de la Belgique francophone », Revue Française de Sociologie, XVIII-2, avril-juin 1977, p. 271-300

Weber, M.,  Economie et société (Tome Premier), trad. Julien Freund et alii, Paris, Plon, 1971, édition originale allemande : 1922

Wenger, E., Communities of Practice: Learning, Meaning and Identity, New York, Cambridge University Press, 1998