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Chapitre 1

Une approche par zones géographiques des processus de diffusion des pratiques managériales

Chapitre 2

Une approche par centre d'intérêt : technique, branche, secteur et entreprise

Chapitre 3

Diffuseurs de doctrine, auteurs et dogmes en management

Partenaires

Les congrès internationaux d’organisation scientifique du travail durant l’entre-deux-guerres : Une source méconnue de l’internationalisation des savoirs organisationnels

  • Thomas CAYET

    Chercheur post-doctorant au Centre d’études européennes de Sciences Po Thomas.Cayet@eui.eu

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Résumé

En réaction ou en accord avec les travaux de Frédéric Winslow Taylor, de nombreux chefs d’entreprises, des ingénieurs mais aussi des fonctionnaires et des syndicalistes organisent des réunions internationales consacrées à la meilleure manière de moderniser le processus de production. Ces « Congrès Internationaux d’Organisation Scientifique du Travail » ont été peu étudiés par les chercheurs. Cependant, l’étude minutieuse de leur participants, et de leurs discours, souligne la dimension internationale de cette recherche de modernisation. Ce texte essaye donc de montrer comment et pourquoi cet espace unique d’échanges internationaux pourrait être mieux appréhendé.

La mobilisation industrielle durant la Première Guerre Mondiale accélère la diffusion des techniques d’organisation. L’intervention des États et les expériences de coopération avec les syndicats changent la nature et l’échelle des problèmes. Face à la menace révolutionnaire et au développement industriel américain, les discours sur l’organisation sont plus clairement intégrés dans une double dialectique, entre nationalisation et internationalisation, socialisation et désocialisation. C’est aussi dans cette confrontation discursive que se transmettent et se construisent les modes d’organisation du travail. L’incertitude terminologique autour des idées d’« organisation scientifique du travail » (OST), de « scientific management» ou de « rationalisierung » correspond à cette ambiguïté sur l’échelle et le contenu des pratiques. Comment analyser la spécificité de ce discours et sa dimension internationale ?

En accord ou en réaction avec les travaux de Frederic Winslow Taylor, des chefs d’entreprise, des ingénieurs, mais aussi des fonctionnaires et des syndicalistes, s’interrogent sur les manières de transformer le processus de production et se réunissent lors de « congrès internationaux d’organisation scientifique du travail ». En s’appuyant sur l’analyse du développement de l’Institut International d’Organisation Scientifique du Travail (IOST), nous essaierons de montrer pourquoi et comment cette série de congrès devrait être une source importante pour l’étude de l’internationalisation de savoirs organisationnels.

 

1. Y a-t-il un objet « congrès internationaux d’organisation scientifique du travail » [Concernant l’analyse de série de congrès, Brian, « Y a-t-il un objet Congrès. Le cas du Congrès international de statistique (1853-1876) », Mille Neuf cent, n°7, 1989, p. 9-22.]?

 

Sept congrès internationaux d’OST sont organisés durant l’entre-deux-guerres : à Prague en 1924, à Bruxelles en 1925, à Rome en 1927, à Paris en 1929, à Amsterdam en 1932, à Londres en 1935 et à New York en 1938. Cette série de réunions reprend après la guerre avec une conférence organisée à Stockholm en 1948. Ces congrès font office de réunions nationales pour les mouvements des pays hôtes. Les thèmes retenus reflètent les préoccupations locales. Il n’est pas étonnant que l’on s’intéresse au corporatisme en 1927 à Rome ou au New Deal à Washington en 1938. Mussolini exalte alors l’idée d’une rationalisation économique dirigée par un chef. La Chambre de Commerce des Etats-Unis dénonce l’interventionnisme de l’administration Démocrate et le soutien apportée aux syndicats indépendants[Voir Bloemen, “The movement for Scientific Management in Europe Between the wars” in Spender and Kijne (Ed.), Scientific Management: Frederik Winslow Taylor’s gift to the World, Boston, Kluwer, 1996, p. 111-131.].

Aussi, les historiens du taylorisme et des politiques de rationalisation ont surtout utilisé les comptes rendus de ces congrès comme des sources complémentaires afin de comprendre le développement des mouvements nationaux. C’est le cas des ouvrages de référence d’Aimée Moutet sur la France ou de Giulio Sapelli sur l’Italie[Moutet, Les logiques de l’entreprise. La rationalisation dans l’industrie française de l’entre-deux-guerres, Paris, Editions de l’EHESS, 1997 et Sapelli, Organizzazione, lavoro e innovazione industriale nell’Italia tra le due guerre, Torino, Rosenberg & Sellier, 1978.]. Les travaux américains sur la diffusion du « scientific management » y voient surtout les points d’ancrage d’un apprentissage de techniques américaines et de leurs adaptations nationales[Voir notamment Merkle, Management and Ideology. The Legacy of the International Scientific Management Movement, Berkeley, University of California Press, 1980.].

Cependant, une lecture même rapide de ces documents contredit l’hypothèse d’une telle domination. La référence aux travaux de F. W. Taylor est la bannière sous laquelle se présente des approches multiples de l’organisation de la production issues d’expériences nationales ou locales. Les études des temps sont, bien sûr, l’objet de nombreuses interventions mais elles sont intégrées dans une approche plus large des problèmes d’organisation. Dans les années 1910, les syndicats américains ont protesté contre les méthodes prônées par Taylor, notamment le chronométrage des tâches. En réaction à ces critiques, Taylor a proposé dans son livre, The Principles of Scientific Management, l’organisation d’une coopération sociale au service de l’augmentation de la production. Cette « révolution mentale » devait assurer, sous le contrôle des organisateurs, le partage équitable des fruits du progrès technique entre ouvriers et patrons[Taylor, Principes d’organisation des usines, préface de Le Chatelier, Paris, Dunod, 1912. Pour une analyse historique de ce travail, Nelson, Frederick Winslow Taylor and the Rise of Scientific Management, Madison, University of Wisconsin Press, 1980.]. Après sa mort en 1915, ses collaborateurs se sont réunis au sein de la Society for the Propagation of Scientific Management, appelée à devenir la Taylor Society. Lors de la mobilisation industrielle aux États-Unis, nombre de ces ingénieurs ont appris à gérer des organisations où la négociation collective était encouragée par le gouvernement[Voir Nadworny, Scientific Management and the Unions.1900-1932. An Historical Analysis, Cambridge, Harvard University Press, 1955.]. Cet idéal de collaboration sociale, et son instrumentalisation, justifie l’extension de l’objet d’organisation. La volonté de modernisation que représente cette « organisation scientifique » concerne aussi bien le travail dans les ateliers, que le fonctionnement d’une usine, la coordination d’un groupe d’entreprises ou même les rapports entre entreprises et État dans le cadre de politiques publiques. Le taylorisme ainsi développé met en exergue l’efficacité d’une « imagerie fonctionnaliste » s’appliquant à d’autres organisations et même à la société dans son ensemble[Nelson, “Scientific Management in retrospect“ in Nelson (ed.), A Mental Revolution. Scientific Management after Taylor, Columbus, Ohio State University Press, 1992, p. 5-40.].

Ainsi, les rapports présentés semblent, au premier abord, constituer un patchwork d’études de cas ne considérant pas les mêmes problèmes aux mêmes échelles. Les discussions sont marquées par de nombreuses incompréhensions. On assiste à des dialogues de sourds entre des intervenants utilisant les mêmes termes mais ne parlant pas des mêmes choses. Ces problèmes de terminologie sont accentués par les difficultés de traduction[Voir Von Haan, “Present developments in International Management terminology“, Rapport présenté au congrès international d’organisation scientifique du travail de 1938, Archives BIT, N 401-1000-7.]. Cependant, les études récentes sur le développement du contrôle budgétaire ont montré l’importance de ces contacts internationaux. Nicolas Berland, a, par exemple, souligné l’importance des travaux de la conférence internationale organisée sur ce sujet par l’IOST, en marge de ces congrès. Elle est une référence obligatoire pour tous ceux qui, en France, mais aussi en Europe, s’intéressent à ces questions dans les années 1930 mais également après la Seconde Guerre Mondiale[Berland, L’histoire du Contrôle budgétaire en France, thèse de gestion soutenue à l’Université Paris IX, Dauphine, 1999. Voir également, Berland et Chiapello, « Le rôle des réformateurs sociaux dans la diffusion des nouvelles pratiques de gestion : le cas du contrôle budgétaire. 1930-1960 », Compatibilité, Contrôle, Audit. Numéro spécial : « La sociologie de la comptabilité », juin 2004, p. 133-160. Pour une comparaison avec le cas anglais, Berland et Boyns, « The development of budgetary control in France and Britain from the 1920s to the 1960s: A comparison », The European Accounting Review, n°2, July 2002, p. 329-356.]. De même, les pistes tracées par Victoria de Grazia concernant l’étude des problèmes de distribution conduisent à réévaluer leur rôle. Elle rappelle, en effet, comment la discussion de nouvelles techniques a d’abord été associée au développement de l’ « organisation scientifique » et, dans ce cadre, aux échanges internationaux entre les grands magasins[De Grazia, Irresistible Empire. American’s Advance through 20th Century Europe, Cambridge, MA, The Belknap Press of Harvard University of Press, 2005, pp.140-154. Sur cette question, voir Chatriot et Chessel, « L’histoire de la distribution : un chantier inachevé », Histoire, économie et société, n°1, 2006, p. 67-82.]. On ne peut donc simplement justifier la perpétuation de ces congrès par le prestige de la mise en scène congressiste ou l’intérêt patronal pour une réunion corporatiste. Si ces déterminations ne peuvent être écartées, elles n’épuisent pas l’intérêt de cet objet. Comment alors appréhender cette série de congrès afin de saisir la spécificité et le rôle de ces échanges internationaux ?

Un premier travail sur les comptes rendus des congrès a confirmé la récurrence de la participation de certains acteurs. A partir de ce constat, nous avons décidé d’effectuer une compilation des données sur ces congressistes afin de repérer ce qui pourrait être considéré comme un « milieu international ». Notre étude s’est fondée sur la réalisation d’une base de données permettant le tri des principaux acteurs par nombre de participations et de présentations. Elle a permis d’identifier un « groupe congressiste» de plus de 650 membres (personnes participant à au moins deux congrès) dont près de 350 individus assistant à plus de deux congrès et y jouant au moins ponctuellement un rôle particulier (rapports présentés, prises de parole enregistrées, présidence de sessions, rôle de rapporteur)[La liste des participants est mise en annexe des comptes-rendus de ces congrès. Nous en avons fait une compilation tout en recoupant une partie des informations biographiques disponibles. Je la mettrais volontiers à disposition des chercheurs intéressés.].

Le repérage biographique et bibliographique de ces acteurs a permis de vérifier l’existence d’un investissement international ne se limitant pas à une simple sociabilité de congrès. Il a mis en lumière les logiques d’institutionnalisation structurant l’organisation de ces réunions. En marge du Bureau International du Travail et de la Chambre de Commerce Internationale, se développent deux organisations partiellement concurrentes aspirant à la coordination de ce mouvement international : le Comité International d’Organisation Scientifique (CIOS) et surtout l’Institut International d’Organisation Scientifique du Travail (IOST). Leur étude permet de mieux saisir les enjeux de ces conférences.

 

2. Une institutionnalisation controversée

 

La création de l’IOST a pour origine le voyage d’Albert Thomas, le premier directeur du Bureau International du Travail en Amérique du Nord en décembre 1922 et janvier 1923. Le développement par le BIT d’une compétence en matière d’organisation industrielle est alors contesté au sein de la Société des Nations. Albert Thomas cherche à contourner ses oppositions afin d’étudier les transformations de l’organisation du travail et leurs conséquences sociales[Voir Cayet, « Le Bureau International du Travail et la modernisation économique  dans les années 20 : esquisse d’une dynamique institutionnelle », Travail et Emploi, n°110, avril-juin 2007, p. 15-25 et Tortora, Institution spécialisée et organisation mondiale : étude des relations de l’OIT avec la SDN et l'ONU, Bruxelles, Bruylant, 1980.]. Lors de son séjour à Boston, il rencontre Edward A. Filene et Henry S. Dennison. Filene est le président de la chaîne de grands magasins Filene’s. En 1922, il a créé une fondation appelée The Twentieth Century Fund[Voir McQaid, A response to industrialism: liberal businessmen and the evolving spectrum of capitalist reform, 1886-1960, Washington, Beard Books, 2003.]. Le cercle vertueux créé par l’équilibre entre une production et une consommation de masse est, pour lui, le fondement d’une nouvelle révolution industrielle. Ce système doit assurer aux ouvriers de meilleurs revenus et plus de temps libre. Cependant, la stabilité de ce modèle ne peut être assurée que par son extension internationale. Filene insiste sur la compensation des variations des cycles américains et européens. Ce credo économique l’amène à prôner une coopération entre l’Europe et l’Amérique, et la collaboration des États-Unis aux travaux de la SDN et de l’OIT[Filene, The Way Out. A forecast of coming changes in American business and industry, New York, Doubleday Page and Co, 1924.].

Dès leur première rencontre, Albert Thomas et Edward Filene envisagent une coopération entre le BIT et le Twentieth Century Fund concernant l’étude des méthodes de « scientific management ». Ils chargent Paul Devinat et Henry S. Dennison d’en concevoir les modalités. Paul Devinat dirige alors le service du BIT de relations avec les employeurs. Henry S. Dennison, un industriel de la région de Boston, est un des administrateurs de la fondation. Il a été président de la Taylor Society en 1919 et 1920. Il pense qu’il faut s’appuyer sur l’expérience des ingénieurs tayloristes pour mener à bien cette collaboration. Les dirigeants de la Taylor Society, notamment Harlow S. Person et Morris L. Cooke, réfléchissent alors aux relations entre l’efficacité de l’organisation du travail et les modes de coopération entre ouvriers, ingénieurs et chefs d’entreprises[Voir Haber, Efficiency and Uplift: Scientific Management in the Progressive Era, Chicago, University of Chicago Press, 1964.]. Cette interrogation commune doit être le fondement de la collaboration entre ces ingénieurs et les réformateurs sociaux que le BIT est censé représenter. Le Twentieth Century Fund est prêt à soutenir financièrement l’établissement de ces liens. Dennison demande alors à Paul Devinat d’assister au premier congrès international d’organisation scientifique du travail à Prague en 1924. Il pourra ainsi rencontrer les dirigeants de la Taylor Society et évaluer le développement de ce mouvement.

Cette conférence est organisée par l’Académie Masaryk du Travail. Elle est marquée par la participation d’une cinquantaine de spécialistes représentant les associations d’ingénieurs américaines[Pimco, Report of the Proceedings of the First International Management Congress in Prague, Prague, 1924.]. Ils servent de caution à une avant-garde militante proposant un projet national de modernisation. Les responsables tchécoslovaques du congrès, Stanislav Spacek et Vaclav Verunac, affichent leur volonté de rendre possible les réformes sociales grâce à la « rationalisation économique ». Elle doit préparer l’application de la législation internationale du travail. Ils sont prêts à contribuer à son développement avec le BIT et le Twentieth Century Fund[Drbohlav, correspondant du BIT en Tchécoslovaquie, « Le premier Congrès International pour l’Organisation Scientifique du Travail et L’OIT », Archives BIT, D 600-776.]. Paul Devinat, en accord avec Albert Thomas, propose la création d’un institut international coordonnant ces initiatives. Une organisation située à Genève pourrait, en marge du BIT, développer l’expertise souhaitée et influencer ce mouvement international[Lettre de E. A. Filene à Paul Devinat du 12 avril 1925, Archives BIT, CAT 5-31-5.].

Cependant, le projet de Paul Devinat se heurte, des deux côtés de l’Atlantique, à une hostilité certaine vis-à-vis de l’implication du Bureau. Lors du deuxième congrès international d’OST à Bruxelles en octobre 1925, les organisateurs refusent les ambitions sociales du congrès de Prague. Edmond Landauer, son secrétaire général, est un industriel proche de l’Organisation Internationale des Employeurs Industriels. Son président, Louis Canon-Legrand, est l’un des fondateurs de la Chambre de Commerce Internationale. Ils veulent mettre ces méthodes au service des chefs d’entreprises et favoriser simplement la baisse des coûts de revient[CNBOS, Recueil des Rapports présentés devant le deuxième Congrès International de l’Organisation Scientifique du Travail de Bruxelles, Bruxelles, 1925. Sur cette conférence, E. GEERKENS, La rationalisation dans l’industrie belge de l’entre-deux-guerres, Académie Royale de Belgique, 2004.]. Aux États-Unis, les velléités réformistes de la Taylor Society sont loin de faire l’unanimité. W. J. Donald, le secrétaire général de l’American Management Association(AMA), mène campagne contre le projet et soutient les organisateurs du congrès de Bruxelles. Cette réunion initie un processus d’institutionnalisation concurrent de celui proposé par le BIT[Lettre de W.J. Donald à H.S. Dennison du 4 février 1926, Dennison Papers, Harvard Business School, Baker Library, Cambridge, AMA Files.].

Ce congrès a pour origine les conférences d’OST organisées à Paris en 1923 et en 1924. Sa première séance met en scène la réconciliation des deux chefs français du mouvement d’organisation, Henry Le Chatelier et Henri Fayol. Le Chatelier a été l’introducteur des écrits de Taylor en France. Fayol a développé ce qu’il appelle une « doctrine administrative ». Il a critiqué durement les idées de Taylor et insisté sur la structure hiérarchique des organisations[Concernant le déroulement de ces deux conférences, Moutet, op. cit., p. 36-40.]. Or, Le Chatelier et Fayol défendent alors, à la même tribune, la compatibilité de leurs idées. Ces déclarations préfigurent l’unification du mouvement français sous cette bannière conservatrice. Ainsi, à l’occasion de la création du Comité National de l’Organisation Française (CNOF), est fondée à Paris, en juin 1926, un Comité International de l’Organisation Scientifique (CIOS). Ces organisateurs proposent une coordination internationale strictement contrôlée par des comités nationaux, en liaison et sur le modèle de la Chambre de Commerce Internationale. Deux structures sont alors fondées sur le modèle du CNOF, le Comité National Belge d’Organisation Scientifique (CNBOS) et l’Ente Nazionale Italiano per l’Organizzazione Scientifica (ENIOS) dirigé par Edmond Landauer et Francesco Mauro. Landauer devient le secrétaire général du CIOS et Mauro, son président.

L’Institut envisagé devait permettre le rassemblement, dans sa diversité, du mouvement d’OST. Il a besoin de cette implantation européenne. Le Comité International n’a, par contre, pas obtenu l’adhésion des plus grandes nations industrielles. Le mouvement allemand bien structuré autour du Reichkuratorium für Wirtschaftlichkeit (RKW) refuse de s’associer à un comité dominé par les intérêts français. Les industriels britanniques, réticents pour les mêmes raisons, hésitent, de plus, à s’engager dans le mouvement par peur de réactions syndicales. Ils acceptent, au contraire, de soutenir les initiatives du BIT. Le rapprochement de ces deux organisations permet la mise en commun de ressources complémentaires au niveau européen. En septembre 1926, Francesco Mauro est donc invité aux dernières négociations concernant la création de l’Institut International d’Organisation Scientifique du Travail. Albert Thomas et E.A. Filene acceptent de faire participer le CIOS à la nouvelle structure. Francesco Mauro devient le président d’un conseil de direction contrôlé par le BIT et le Twentieth Century Fund. Paul Devinat est nommé directeur de l’IOST. Il commence alors une politique d’influence complémentaire de celle du BIT.

En relation avec la SDN, l’Institut pourrait être l’initiateur d’une collaboration concernant l’étude des modes d’organisation industrielle. Ce travail est lié à l’organisation de la Conférence Economique Mondiale à Genève en mai 1927. Albert Thomas cherche à inscrire cette réunion dans un cadre tripartite. Il essaye d’exercer une influence indirecte sur les débats[Voir Thomas, « Pour que la conférence internationale réussisse », L’Europe Nouvelle, 25 septembre 1925, p. 2.]. La création de l’IOST revêt, dans ce cadre, une importance particulière. Si la question des dettes interalliées et des réparations a été laissée de côté, nul ne peut ignorer, dans une Europe affaiblie par la guerre, la puissance commerciale et financière des Etats-Unis. Comment envisager la baisse des barrières douanières sans prendre en compte l’évolution du tarif américain ? Les ententes industrielles envisagées ne sont-elles pas surtout une réponse à l’inquiétante montée en puissance des entreprises américaines en Europe [Voir, par exemple, Maier, « The Two Postwar Eras and the Conditions for Stability in Twentieth Century Western Europe », American Historical Review, April 1981, p. 327-352.]?

Le « scientific management» symbolise ce défi américain. La fondation de l’IOST vise à remettre au centre des débats sur la « rationalisation » les préoccupations du Bureau. Francesco Mauro présente à la Commission de l’Industrie un rapport préparé par Paul Devinat. Les experts de la conférence reprennent ses conclusions. La rationalisation a pour objet de :

« donner au travail son maximum d’efficacité dans le minimum d’effort, faciliter par une moindre variété des types – là où celle-ci n’offre pas d’avantages évidents – l’étude, la fabrication, l’emploi et le remplacement des pièces en série, éviter le gaspillage des matières premières et de l’énergie, simplifier la distribution des marchandises et à la dégager des transports illogiques, des charges financières écrasantes et de la superposition inutile des intermédiaires ».[« Conférence Economique Mondiale, Genève, mai 1927 », Archives BIT, N 401.]

 

Sa juste application doit assurer aux consommateurs des prix bas et des produits adaptés à leurs besoins, aux producteurs des salaires élevés, et à la communauté de meilleures conditions de vie. La conférence demande à la SDN de favoriser les initiatives en la matière et justifie a posteriori la création de l’Institut.

Paul Devinat souhaite obtenir pour cela des soutiens gouvernementaux. Or, la conférence n’a pas initié une vraie réforme des compétences économiques de la SDN. Louis Loucheur, le représentant de la France au Conseil de la SDN, a prôné l’instauration d’ententes industrielles par branches et leur contrôle au niveau international. Au contraire, les Britanniques, mais aussi les Américains, se sont inquiétés de l’esquisse d’une intégration industrielle du continent européen fondée sur des partenariats franco-allemands, à l’instar du Cartel International de l’Acier[Bussiere, « L’organisation économique de la SDN et la naissance du régionalisme économique en Europe », Relations Internationales, automne 1993, p. 301-313.]. Ils ont réussi à imposer la priorité donnée à la baisse des barrières douanières. Aussi, le Comité Consultatif Economique censé continuer les initiatives de la conférence s’intéresse peu aux questions d’organisation industrielle. Les oppositions entre États annihilent les efforts de Paul Devinat[« Rationalisation dans l’Industrie. Correspondance avec l’Institut International d’Organisation Scientifique du Travail », Archives de la Société des Nations, 10D 3705/3705.].

Dès la fin de 1927, les dirigeants du Twentieth Century Fund lui reprochent cette approche uniquement diplomatique. Ils souhaitent organiser une politique de terrain favorisant la discussion des méthodes d’OST. L’Institut devrait coordonner des contacts transnationaux entre les entreprises[Lettre de Henry S. Dennison à Paul Devinat du 28 septembre 1927, Archives BIT, N 401-2-4-01.]. Cependant, cette démarche se heurte à une opposition catégorique du CIOS. Il refuse toute intervention directe au niveau local qui remettrait en cause le rôle des comités nationaux. Paul Devinat espérait dépasser ces oppositions grâce à une coopération interétatique permettant le développement des échanges internationaux. Cette politique a échoué. Il démissionne en juin 1928[« Compte rendu du Comité Exécutif de l’Institut  International d’Organisation Scientifique du Travail du 4 juin 1928 », Archives BIT, N 401.].

Paul Devinat, soutenue par Albert Thomas, voulait faire de l’Institut un rouage de la coopération nécessaire entre le BIT et la SDN. Cette démarche conduit à une impasse. Cependant, les réseaux liés à cet Institut peuvent permettre au BIT de comprendre ce processus de modernisation et d’affirmer ces revendications sociales face aux problèmes qu’il pose. Le BIT et le Twentieth Century Fund décident donc de relancer l’Institut en mettant en place une politique d’influence s’appuyant plus directement sur le développement international de l’OST, et la variété de contacts qu’incarnent ces congrès.

 

3. Un décalage international encore à explorer

 

A partir de la fin de 1928, le nouveau directeur, le Britannique Lyndall Urwick, réorganise l’Institut autour de la publication de son Bulletin. Ses contacts avec le BIT, la Chambre de Commerce Internationale, le CIOS et la Taylor Society lui permettent d’avoir une connaissance particulière de ce mouvement d’OST. La modification des statuts en 1929 rend possible une adhésion à l’IOST comme simple membre pour une somme modeste. Elle inclut l’abonnement au Bulletin et la réception de textes, traduits en plusieurs langues, choisis pour représenter les initiatives les plus avancées de ce processus de modernisation. L’action de l’Institut est fondée sur la constitution d’un réseau d’acteurs aux déterminations locales différentes et souhaitant intégrer leur approche de la « rationalisation » dans une logique non exclusivement nationale. Il doit devenir le centre de référence des échanges internationaux sur l’organisation scientifique du travail, «an International Clearing-house of Scientific Management »[“Preliminary report by the director for consideration by the executive committee on the organization and constitution of the International Management Institute". February 4th 1929”, Archives BIT, N 401-4-01.].

Dans ses éditoriaux publiés en première page de ce Bulletin, Lyndall Urwick insiste sur le rassemblement autour de la définition de la « rationalisation » donnée par la Conférence Economique Mondiale. Les expressions « organisation scientifique du travail », « scientific management » et « rationalisierung » n’ont pas exactement la même signification car elle exprime l’évolution historique des mouvements dans les différents pays. La définition adoptée recouvre ces différences et évite l’opposition des traditions nationales. Ce flou terminologique préserve un espace de dialogue sur le processus de modernisation en cours. L’Institut doit promouvoir la coexistence de cette diversité[Urwick, « Le sens de la rationalisation », Bulletin de l’Institut International d’Organisation Scientifique du Travail, janvier 1929.].

L’ouverture souhaitée porte rapidement ses fruits. L’Institut compte près de 750 membres de plus de 45 pays à la fin de 1930. La variété de ses membres représente bien l’hétérogénéité du milieu international repéré. Ces congressistes deviennent alors membre de l’IOST. Alors qu’elles ne sont pas alors représentées au sein du CIOS, les associations, allemande, britannique et hollandaise, adhèrent à l’Institut. C’est le cas du Reichkuratorium für Wirtschaftlichkeit (RKW), du Joseph Rowntree Social Service Fund et du Nederlandsch Instituut voor Efficiency. Les comités nationaux d’OST français, italien, belge mais aussi polonais, roumain, yougoslave, espagnol et japonais deviennent membres. L’American Management Association (AMA), l’American Association of Mechanical Engineers (ASME) et la Taylor Society représentent le mouvement américain au côté de la fondation de Filene. De nombreuses associations patronales adhérent à l’Institut, à l’instar, dans le cas français, de la Confédération Générale de la Production Française et de l’Union des Industries Métallurgiques et Minières. Le groupe des membres est d’abord structuré par le lien entre chefs d’entreprises et ingénieurs. On note aussi la présence d’ingénieurs-conseils et des premiers cabinets de consultants en organisation dirigées par des personnalités comme l’américain Wallace Clark ou le néerlandais Ernst Hijmans. Cependant, le travail mené par l’Institut en marge du BIT en fait aussi un lieu de rencontre singulier. Ainsi, l’Organisation Internationale des Employeurs Industriels est, un temps, affiliée au côté de la Fédération Syndicale Internationale[La liste des membres est une annexe des rapports annuels d’activité de l’Institut. Ils sont consultables à la Bibliothèque Nationale de France.].

L’adhésion de ces membres ne dépend pas de la centralisation d’une organisation dite représentative. Cela ménage une marge de manœuvre à l’Institut par rapport aux institutions nationales. Cette organisation permet la promotion internationale des «groupes d’échanges d’expériences », à l’instar du travail effectué par Lyndall Urwick en Grande-Bretagne. A l’initiative de Benjamin S. Rowntree, il a organisé des rencontres sur le modèle de la Manufacturer’s Research Association initiée par Henry S. Dennison dans la région de Boston[Tweedy, “The Manufacturers’ Research Association. An organization of Massachusetts Plants which enjoys the Benefits of joint investigation of common managerial problems”, Bulletin of the Taylor Society, December 1926, p. 275-281.]. Cette association coordonne le fonctionnement de groupes de réflexion rassemblant les représentants de firmes non concurrentes. Les employés, à chaque niveau de décision de ces entreprises, discutent des meilleures manières de faire. Le secrétariat du groupe en contact avec des spécialistes de « scientific management » incite à la discussion de méthodes nouvelles. Les « Management Research Groups » britanniques commencent à fonctionner à la fin de 1926[Urwick, « Management Research Groups in Great Britain », in Enios, Atti del 3 Congresso Internazionale di Organizzazione Scientifica del lavoro, Roma, 3 vol., 1927, vol.2.].

Lyndall Urwick fait de l’aide à la création et au fonctionnement de ses groupes l’une des activités principales de l’Institut. Le Bulletin rend compte régulièrement de leurs activités. Les secrétaires de ces groupes et la plupart des entreprises participantes sont membres de l’Institut. En juillet 1931, Urwick organise à Genève une conférence de discussion consacrée aux « Groupes d’information mutuelle et d’échanges d’expériences ». L’Institut entretient des contacts avec une cinquantaine d’entre eux.[IOST, Deuxième Conférence de l’Institut International d’Organisation Scientifique, Genève, 1er-4 juillet 1931, Genève, IOST, 1931.] Cependant, les groupes rassemblés ne sont pas de même nature. Hans Hinnental, le secrétaire général du RKW, présente alors, comme un modèle, la diffusion nationale des innovations techniques grâce à des structures liées à des formes de cartellisation. Robert Satet propose un texte décrivant les activités de l’Union des Industries Métallurgiques et Minières en matière d’OST.[Hinnental, Ibid., Tome 3, p. 2. ; Satet, «UIMM : Commission et service de l’organisation scientifique du travail », Ibid., p. 13.] Lyndall Urwick n’exclut pas les contacts avec les associations industrielles traditionnelles mais insiste sur la spécificité des groupes inspirés par la MRA.

Cette  dynamique d’organisation ne se confond pas simplement avec la défense des intérêts patronaux. La création de ces comités de discussion s’accompagne de contacts pris avec les représentants des ouvriers et les autorités locales. L’Institut sert d’intermédiaire entre ses groupes afin qu’ils nouent des contacts à un niveau transnational et s’inspirent d’autres expériences. Le développement d’un réseau de membres, en décalage avec des logiques purement nationales ou patronales, permet de s’interroger sur l’échelle de ces réorganisations et l’implication des acteurs sociaux à différents niveaux. Il constitue un espace unique de dialogues concernant la circulation, la transformation et l’appropriation de logiques organisationnelles[Urwick, « Les groupements d’étude pour l’échange des expériences dans la gestion des entreprises », Bulletin de l’Institut International d’Organisation Scientifique du travail, juillet 1929.].

L’étude des conditions du développement de cet Institut donne les éléments clefs nécessaires à la compréhension de ces congrès. Il ne s’agit pas ici d’analyser en détail l’activité de cet Institut. Cependant, la réussite de la stratégie mise en place par Lyndall Urwick met en lumière ce qui fait l’importance de cette série de réunions[L’IOST devra fermer ses portes en 1934 à cause de problèmes de financement liés à la dévaluation du dollar. Pour une analyse plus détaillée de son importance et de ses suites, Cayet, « Travailler à la marge: le Bureau International du Travail et l’organisation scientifique du travail (1923-1933) », Le Mouvement Social, n°228, septembre 2009, p. 39-56.]. Il existe une tension entre une logique de spécialisation et le rassemblement d’acteurs si différents. L’indétermination terminologique n’est pas seulement le fruit des tendances diverses s’exprimant lors des congrès mais permet la continuation de leur coexistence. En effet, la précision des concepts participe à la constitution d’un jargon, d’un langage d’exclusion qui définit le périmètre des discussions possibles. L’analyse de l’utilité de ce “flou” permet d’appréhender la « formule des besoins » modelant ces congrès, c’est à dire le type et le degré des interdépendances qui réunissent des individus et des groupes d’individus en ces endroits et à ces moments particuliers. C’est le reflet d’une volonté de cohabitation entre des approches très différentes de l’ « organisation scientifique du travail »[Sur cette idée, Revel, « L’institution et le social » in Lepetit, Les formes de l’expérience, Paris, Albin Michel, 1995, p. 63-84.].

Aussi, ces congrès internationaux peuvent être appréhendés comme des lieux de mise en scène de ces dissonances cognitives et de cette diversité d’appartenances. La distinction entre les différentes techniques managériales, et la constitution de groupes reconnaissant et validant des expertises spécifiques, est alors encore mal assurée au niveau international. La réappropriation de logiques organisationnelles par les différents acteurs passe, en partie, par cette confrontation à la diversité des points de vue. Cet espace international de discussions permet le découplage de ces logiques de leur contexte d’élaboration et leur application/ transformation au contact d’autres objets.

 

 

Conclusion

 

L’analyse des logiques d’institutionnalisation en marge de ces congrès met en lumière un espace de rencontres où la diffusion de techniques « managériales» n’a rien d’évident et fait l’objet de débats passionnés. Il souligne une incertitude de contenu que rend mal une analyse en termes d’ « américanisation » ou de recherche des origines du management contemporain. Il ne s’agit pas alors de simplement copier des techniques mais d’élaborer une démarche de modernisation prenant en compte les contraintes économiques, politiques et sociales. Dans le même mouvement, ce discours de rationalisation évoque et annihile la portée des revendications sociales. Il présuppose l’intérêt de la coopération à un processus de modernisation inéluctable. Il laisse de côté le déséquilibre des forces et la récurrence des conflits. Cependant, l’horizon des possibles qu’il invoque favorise les rencontres originales. Les personnes impliquées ne sont pas dupes de ces différences mais viennent chercher, à l’international, d’autres ressources que celles disponibles dans leurs milieux. Elles permettent l’esquisse d’un dialogue entre justifications managériales et revendications sociales et favorise l’appropriation de savoirs organisationnels.

L’indétermination partielle de ces démarches en termes d’ « organisation scientifique », et le jeu qu’elle permettait, a constitué l’un des vecteurs d’intégration de nouvelles techniques dans les pratiques des entreprises. Ce moment que nous avons partiellement reconstitué a été souvent oublié par les historiens. Le suivi systématique de ces contacts internationaux, au plus près des reconfigurations de ces groupes d’acteurs, des années 1920 jusqu’après la Seconde Guerre Mondiale permettrait de mieux comprendre la dynamique de transformation de ces savoirs organisationnels. Une démarche collective, rassemblant des chercheurs de plusieurs pays et des spécialistes de différentes méthodes de gestion, pourrait alors idéalement initier un décloisonnement utile et une véritable évaluation de l’influence de ces réseaux internationaux.

 

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